La Rédaction | Lementor.net
Le mot seul suffit à créer l’inquiétude. Ebola. Trois syllabes qui portent en elles vingt ans de mémoire traumatique, d’épidémies foudroyantes, de bilans humains dévastateurs, d’images de soignants en combinaisons intégrales et de quartiers entiers mis en quarantaine. Quand l’OMS classe le risque lié à Ebola en République démocratique du Congo comme élevé aux niveaux national et régional, comme elle vient de le faire, le mot résonne différemment dans les capitales ouest-africaines. Et il résonne particulièrement fort à Abidjan, dont la frontière avec le pays le plus touché par les flux de transit et de déplacement sur le continent est poreuse depuis des décennies.
Le ministère ivoirien de la Santé a pris les devants ce vendredi. Il a confirmé formellement qu’aucun cas d’Ebola n’a été détecté en Côte d’Ivoire ni dans les pays d’Afrique de l’Ouest à ce jour. Un communiqué de rasssurance, certes, mais qui dit aussi que la vigilance est maximale, que les systèmes de surveillance épidémiologique sont activés et que les équipes de veille aux frontières et dans les structures de santé sont en alerte.
Les chiffres en RDC sont suffisamment préoccupants pour justifier cette vigilance. Cent trente et un morts. Cinq cent treize cas suspects recensés. Une épidémie qui ne se cantonne pas à une zone géographique isolée mais qui progresse dans plusieurs provinces d’un pays dont la superficie dépasse celle de l’Europe occidentale et dont les systèmes de santé restent fragiles malgré des années d’efforts de reconstruction. L’OMS a par ailleurs indiqué que l’Allemagne prévoyait d’accueillir et de soigner un patient américain contaminé, signal que l’épidémie attire déjà l’attention des systèmes de santé du monde entier.
Ce qui protège l’Afrique de l’Ouest pour l’instant, c’est la distance géographique et l’absence de liens de transport directs réguliers entre les provinces touchées de RDC et les grandes villes ouest-africaines. Mais la leçon de 2014-2016, quand l’épidémie de Guinée, Sierra Leone et Liberia avait tué plus de 11 000 personnes et failli embraser tout le continent, est gravée dans toutes les mémoires sanitaires africaines. Cette épidémie-là avait commencé dans une zone forestière isolée avant de se propager par les voies de transport et les migrations familiales vers des villes de plusieurs millions d’habitants.
La Côte d’Ivoire a tiré les leçons de 2014. Le Centre des opérations d’urgence sanitaire, le COUS, a été renforcé depuis. Les équipes de surveillance épidémiologique aux frontières ont été formées. Les protocoles de détection et d’isolement des cas suspects ont été actualisés. La collaboration avec l’OMS et les partenaires régionaux de la santé est plus étroite qu’elle ne l’a jamais été. Pierre Dimba, qui vient de passer une semaine à l’Assemblée mondiale de la Santé à Genève à plaider précisément pour des systèmes de santé africains résilients et souverains, dirige un ministère qui sait ce que résilience veut dire en pratique.
Pas de cas détecté. Surveillance maximale. C’est le message de ce vendredi. Il faut l’entendre pour ce qu’il est : ni alarmisme ni déni, mais la posture d’un pays qui a appris à prendre les menaces épidémiques au sérieux avant qu’elles ne deviennent des urgences.
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