La Rédaction | Lementor.net
Il existe des déplacements officiels qui relèvent de la communication, et d’autres qui relèvent de la stratégie. La tournée de deux jours entamée jeudi 21 mai par le vice-Premier ministre et ministre de la Défense Téné Birahima Ouattara dans le nord de la Côte d’Ivoire appartient clairement à la seconde catégorie. Ce n’est pas une visite de terrain de routine. C’est un acte politique et militaire fort, posé dans une zone géographique qui est aujourd’hui l’une des plus sensibles du pays, et qui dit quelque chose d’essentiel sur la façon dont Abidjan entend protéger son flanc septentrional.
Deux étapes. Korhogo d’abord, capitale du nord ivoirien, siège du 4e bataillon d’infanterie. Ferkessédougou ensuite, ville carrefour aux confins des frontières malienne et burkinabè. Dans ces deux garnisons, Téné Birahima Ouattara a inauguré une série d’infrastructures dont la valeur cumulée dépasse les 8 milliards de francs CFA, selon les chiffres rapportés par la presse ivoirienne.
À Korhogo, le nouveau Centre médical des armées et l’atelier de maintenance du 4e bataillon d’infanterie ont été mis en service. Ces deux équipements répondent à des besoins concrets que les soldats déployés en Zone Opérationnelle Nord connaissaient depuis longtemps. Un militaire blessé ou malade qui devait auparavant être évacué vers Abidjan pour une prise en charge sérieuse peut désormais être traité sur place, plus rapidement, avec de meilleures chances de rétablissement. Un véhicule militaire immobilisé peut être remis en état sans attendre un technicien venu de la capitale. Ce sont des détails opérationnels qui semblent techniques mais qui, dans le contexte d’une menace sécuritaire transfrontalière, peuvent faire la différence entre une unité opérationnelle et une unité clouée au sol.
À Ferkessédougou, la liste est encore plus longue. Un hôpital militaire moderne, un deuxième atelier de maintenance et l’inauguration de l’escadron mobile de gendarmerie. Ce dernier équipement mérite une attention particulière. Un escadron mobile de gendarmerie est une force de réaction rapide, capable de se déplacer vite sur de longues distances pour couvrir les zones rurales éloignées des grandes garnisons. Dans une région où les frontières sont poreuses et où les mouvements de populations déplacées depuis le Mali s’intensifient, cette capacité de mobilité rapide est précisément ce dont les Forces de défense et de sécurité avaient besoin.
Ce qui rend ces inaugurations particulièrement significatives, c’est leur financement. L’Union européenne, à travers deux programmes distincts, DEFEND-CI et PARSEC, a apporté un appui financier déterminant à la réalisation de ces infrastructures. Le Fonds de Prévoyance Militaire a également contribué par des extensions et des équipements de dernière génération. Ce partenariat entre Abidjan, Bruxelles et les instruments de financement multilatéraux illustre une réalité que les discours souverainistes sahéliens refusent souvent d’admettre : la sécurité africaine se construit aussi avec des partenaires extérieurs, et ceux qui ont choisi de fermer cette porte se retrouvent seuls face à des menaces qui ne se résorbent pas.
Téné Birahima Ouattara a lui-même résumé l’enjeu en quelques mots lors de la cérémonie. Il a parlé de consécration et d’engagement de l’Union européenne aux côtés de la Côte d’Ivoire. Derrière cette formule diplomatique se cache un message plus direct : la Côte d’Ivoire n’est pas seule pour tenir son nord. Et son nord, elle entend le tenir.
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