Par La Rédaction | Lementor.net
À 130 kilomètres d’Abidjan, nichée dans la région de La Mé, la ville d’Adzopé est en train de devenir l’un des chantiers les plus symboliques de l’ambition industrielle ivoirienne. La future Zone économique spéciale qui s’y installe sur 432 hectares n’est pas simplement un projet d’infrastructure. C’est un test grandeur nature de la capacité du pays à transformer ses matières premières sur son propre sol plutôt que de les exporter brutes vers des économies qui en capturent toute la valeur ajoutée.
Le ministre Kalil Konaté a conduit une visite de terrain qui a permis de constater l’avancement des travaux. Le poste source en construction par CI-Énergies, qui comptera cinq départs électriques dont trois exclusivement destinés à la future zone industrielle, entre dans sa phase finale. Ce détail technique dit quelque chose d’essentiel : une zone économique spéciale sans énergie fiable et dédiée est une zone qui attire les annonces mais pas les investisseurs. La priorité donnée à l’infrastructure énergétique avant même l’arrivée des premiers opérateurs est un choix méthodologique qui distingue ce projet de beaucoup d’initiatives similaires en Afrique qui ont échoué faute de cette préparation préalable.
Les chiffres du projet sont considérables. L’investissement global est évalué à 225 milliards de FCFA, dont 52 milliards consacrés aux infrastructures de base, voiries, réseaux d’eau et équipements structurants. Une demande de financement a été introduite auprès de la Banque Ouest Africaine de Développement. Les retombées attendues atteignent 51 000 emplois directs et indirects, un chiffre qui, s’il se réalise, représenterait une transformation économique majeure pour une région qui a longtemps regardé passer la croissance abidjanaise sans en bénéficier pleinement.
L’aspect peut-être le plus intéressant de ce projet est sa méthode foncière. Les autorités ont adopté une approche participative qui associe les populations locales et les détenteurs de droits fonciers à chaque étape préparatoire. Les responsables coutumiers d’Adzopé ont été impliqués très tôt dans les discussions. Cette démarche, que le gouvernement dit vouloir reproduire dans toutes les futures zones économiques spéciales du pays, tire les leçons des conflits fonciers qui ont systématiquement ralenti ou bloqué des projets d’aménagement comparables dans d’autres régions de Côte d’Ivoire et d’Afrique de l’Ouest. On ne construit pas durablement sur des terres disputées. On construit durablement quand les communautés qui vivent sur ces terres comprennent et acceptent le projet qui s’y installe.
La ZES d’Adzopé s’inscrit dans la logique du Plan national de développement 2026-2030, dont l’un des axes centraux est précisément la déconcentration économique, la multiplication des pôles industriels régionaux pour réduire la concentration des activités autour d’Abidjan qui capte aujourd’hui près de 80 % de l’activité économique nationale. Cette concentration est à la fois une force, elle crée des économies d’agglomération et une base industrielle dense, et une vulnérabilité, elle laisse des régions entières sans tissu économique formel suffisant pour absorber une jeunesse en croissance rapide.
Le groupe consultatif international prévu les 8 et 9 juillet à Abidjan pour mobiliser les financements du PND regardera de près des projets comme celui d’Adzopé. Non pas pour leur valeur individuelle, 225 milliards de FCFA reste une somme modeste à l’échelle d’un programme de développement national. Mais pour ce qu’ils révèlent sur la capacité de l’État ivoirien à préparer le terrain avant d’appeler les investisseurs, à anticiper les obstacles fonciers, énergétiques et logistiques, et à présenter des projets qui tiennent la route quand on les examine de près. C’est sur cette capacité d’exécution que la confiance des partenaires financiers se construit ou se défait.
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