Par La rédaction | Lementor.net
Le Plan National de Développement 2026-2030 est le document de planification économique le plus ambitieux de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Doté d’un volume d’investissement estimé à 175 milliards d’euros, soit environ 114 840 milliards de FCFA, il repose sur six piliers fondamentaux : la consolidation de la sécurité et de la stabilité, la modernisation de l’agriculture, la promotion de l’investissement privé, le développement du capital humain, le renforcement des infrastructures stratégiques et la promotion de la bonne gouvernance. Ce plan, adopté à l’unanimité par 203 parlementaires lors de la session de l’Assemblée nationale d’avril 2026, est la boussole qui orientera toutes les politiques publiques ivoiriennes jusqu’en 2030.
Les objectifs macroéconomiques et sociaux fixés par le PND 2026-2030 donnent la mesure de l’ambition. Ramener le taux de pauvreté en dessous de 20 % d’ici 2030, contre environ 37 % aujourd’hui. Élever le revenu moyen par habitant à 4 000 dollars, ce qui représenterait une augmentation significative par rapport au niveau actuel. Augmenter le taux d’investissement à 34,5 % du PIB. Et maintenir une croissance économique moyenne de 7,2 % sur la période, contre 6,1 % prévus pour 2026. Ces objectifs sont ambitieux. Ils ne sont pas irréalistes pour une économie qui a affiché une croissance structurellement supérieure à 6 % depuis 2012, mais ils supposent une exécution sans faille dans chacun des domaines prioritaires.
L’architecture financière du plan mérite une attention particulière. Sur les 114 840 milliards de FCFA d’investissements prévus, 70,02 % soit 80 614,7 milliards de FCFA sont attendus du secteur privé national et international. L’État ivoirien devra mobiliser pour sa part environ 34 225 milliards de FCFA de financement public sur cinq ans, soit environ 6 845 milliards par an. Ce niveau d’investissement public, considérable, correspond à peu près au budget annuel actuel de l’État. Ce qui signifie que le financement du PND suppose à la fois une mobilisation maximale des recettes fiscales, une gestion rigoureuse des dépenses et un accès continu aux marchés financiers à des conditions raisonnables. La classification FMI à faible risque de surendettement obtenue le 24 juin est dans ce contexte bien plus qu’une distinction honorifique. C’est une condition de réalisation du plan lui-même.
Le pilier capital humain mérite une mention particulière car il est souvent le parent pauvre des plans de développement africains qui privilégient les infrastructures physiques visibles sur les investissements dans les ressources humaines. Le PND 2026-2030 en fait une priorité centrale, reconnaissant que la Côte d’Ivoire est un pays jeune avec plus de 70 % de sa population de moins de 35 ans. Cette jeunesse est à la fois la plus grande richesse du pays et sa plus grande responsabilité. Mal formée, mal employée, sans perspectives économiques claires, elle peut devenir une source d’instabilité sociale et politique. Bien formée, bien accompagnée, avec des opportunités d’emploi formel dans des secteurs modernes et productifs, elle peut être le moteur d’une décennie de transformation sans précédent.
Le pilier sécurité, premier des six, dit quelque chose d’essentiel sur la vision du gouvernement Beugré Mambé. On ne peut pas développer ce qu’on ne peut pas sécuriser. La Côte d’Ivoire, dont les frontières nord sont soumises aux pressions jihadistes et aux tensions générées par l’instabilité sahélienne, a intégré la sécurité non pas comme un préalable externe au développement mais comme l’un de ses composantes internes. C’est une approche holistique qui reconnaît l’interdépendance entre stabilité politique, sécurité physique et développement économique.
Le groupe consultatif international des 8 et 9 juillet à Abidjan sera le premier grand test de mobilisation des financements du PND. Ce rendez-vous avec les représentants de la Banque mondiale, de la BAD, de l’Union européenne, des fonds souverains du Golfe et du secteur privé international dira si la vision est aussi finançable qu’elle est ambitieuse. Les signaux des dernières semaines sont favorables : classification FMI à faible risque, découverte pétrolière sur le bloc CI-709, qualification historique des Éléphants qui améliore l’image internationale du pays. La Côte d’Ivoire arrive à ce rendez-vous dans la meilleure position qu’elle ait jamais connue. Il lui reste à transformer cette position favorable en engagements concrets.
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