Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a dans le programme WASUNA quelque chose qui dit l’ambition d’un État qui ne se contente plus de construire du neuf mais qui décide aussi de prendre soin de ce qu’il a déjà. La Côte d’Ivoire a investi massivement dans de nouvelles centrales électriques ces dernières années. Mais une partie significative de son parc de production, précisément les barrages hydroélectriques qui assurent la base de sa puissance installée, date des premières décennies de l’indépendance. Ces infrastructures fonctionnent. Elles sont solides. Mais elles vieillissent, et leur vieillissement a un coût en termes d’efficacité, de fiabilité et de capacité à tenir les charges demandées par une économie qui croît à plus de 6 % par an.
WASUNA répond à cette réalité avec une logique double et cohérente. D’un côté, réhabiliter l’existant pour en extraire toute la valeur restante et prolonger la durée de vie d’investissements massifs que le pays a consentis depuis l’indépendance. De l’autre, installer de nouvelles capacités solaires et de stockage par batteries pour diversifier le mix énergétique et réduire la dépendance aux aléas climatiques qui fragilisent la production hydroélectrique lors des années de faible pluviométrie.
Les dix projets d’infrastructures prévus par ce programme dessinent une carte précise de l’ambition. La réhabilitation de six ouvrages de production hydroélectrique : Buyo, Taabo, Ayamé 1, Ayamé 2, Fayé et Kossou. Ces six barrages constituent l’ossature du parc hydroélectrique ivoirien, installée entre les années 1970 et les années 1990. Buyo sur le fleuve Sassandra avec ses 165 MW installés. Kossou sur le Bandama avec ses 174 MW. Taabo sur le même fleuve avec 210 MW. Ayamé 1 et 2 sur la Bia. Fayé dans l’ouest du pays. Ces ouvrages représentent ensemble une part considérable de la capacité de production nationale et leur remise à niveau est une priorité stratégique absolue.
La construction de deux centrales solaires et l’installation de deux parcs de batteries sur les sites des barrages de Soubré et de Gribo-Popoli complètent le dispositif avec une logique particulièrement intelligente. Associer des capacités de stockage par batteries à des sites hydroélectriques existants permet de créer des systèmes hybrides qui combinent la puissance régulable de l’hydraulique avec la flexibilité du solaire stocké. Quand le soleil produit davantage que la demande, les batteries stockent l’excédent. Quand la demande pic le soir ou la nuit, les batteries restituent l’énergie stockée. Cette combinaison hydro-solaire-batterie est l’une des architectures les plus efficaces et les plus résilientes que le contexte climatique africain puisse accueillir.
Ce programme s’inscrit dans le cadre du Conseil des ministres du 1er juillet 2026, qui a adopté plusieurs décrets de ratification d’accords de financement majeurs dont l’un avec l’Agence Française de Développement pour 130 millions d’euros et un autre avec la Banque mondiale pour 261,9 millions d’euros dédiés à l’investissement privé et aux emplois productifs. Cette séquence de ratifications dit que les engagements pris lors des réunions diplomatiques de TBO à Paris en juin, notamment la rencontre avec le Premier ministre Lecornu, se traduisent concrètement en décrets et en financements opérationnels.
L’objectif affiché par WASUNA est clair : sécuriser, augmenter et décarboner la production électrique ivoirienne. Décarboner est le mot nouveau dans ce triptyque. La Côte d’Ivoire exporte de l’électricité vers sept pays voisins et se positionne comme le pilier énergétique de l’Afrique de l’Ouest. Si elle réussit à décarboner significativement cette production, elle pourra non seulement répondre à ses propres engagements climatiques mais aussi valoriser ses exportations électriques sur un marché régional où la demande d’énergie propre va croître avec les exigences des investisseurs internationaux sensibles aux critères ESG.
Ce programme arrive au bon moment. Le groupe consultatif international des 8 et 9 juillet à Abidjan sera précisément l’occasion de présenter à des investisseurs mondiaux une Côte d’Ivoire qui réhabilite ses barrages historiques, installe du solaire, déploie du stockage par batteries et construit une architecture énergétique capable d’accompagner la croissance d’une économie qui ambitionne d’atteindre 500 000 barils de pétrole par jour en 2030 tout en décarbonant son mix électrique. C’est un message cohérent, stratégiquement construit, que WASUNA contribue directement à rendre crédible.
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