Par La Rédaction | Lementor.net
Ce mercredi 1er juillet 2026, quatorze villages ivoiriens ont officiellement reçu leurs certificats d’intégration au réseau mondial des Systèmes Ingénieux du Patrimoine Agricole Mondial, connu sous son acronyme anglais GIAHS, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Cette distinction, accordée par la FAO après un processus d’évaluation rigoureux, récompense des communautés rurales qui ont démontré leur capacité à gérer durablement leurs ressources naturelles, à préserver des pratiques agricoles traditionnelles d’une valeur culturelle et écologique exceptionnelle, et à s’adapter au changement climatique tout en maintenant la biodiversité de leurs terroirs.
Pour comprendre ce que représente cette intégration, il faut d’abord comprendre ce qu’est le réseau GIAHS. Créé par la FAO en 2002, il recense dans le monde entier des systèmes agricoles qui ont su traverser les siècles en maintenant un équilibre entre productivité alimentaire, conservation de la biodiversité, résilience climatique et transmission des savoirs traditionnels. Les terrasses rizicoles des Philippines, les jardins flottants d’Aztèques au Mexique, les systèmes d’irrigation millénaires du Yémen : ce sont des exemples de systèmes GIAHS reconnus qui conjuguent génie humain, respect de l’environnement et durabilité transgénérationnelle. L’intégration de quatorze villages ivoiriens dans ce réseau place la Côte d’Ivoire aux côtés de nations agricoles dont les pratiques traditionnelles font référence à l’échelle mondiale.
La Côte d’Ivoire s’illustre sur la scène internationale de l’agroécologie. Cette reconnaissance n’est pas seulement une distinction honorifique. Elle produit des effets concrets. Elle ouvre l’accès à des programmes de financement internationaux dédiés à la préservation des systèmes agricoles patrimoniaux. Elle crée une notoriété qui peut faciliter le développement d’un tourisme rural et culturel autour de ces terroirs. Elle protège ces pratiques agricoles contre les pressions d’une modernisation qui efface parfois les savoirs locaux avant qu’ils n’aient pu être documentés et transmis. Et elle donne aux communautés rurales concernées une légitimité internationale qui renforce leur position dans les négociations foncières et les arbitrages de développement qui touchent leurs territoires.
La cérémonie de remise des certificats intervient dans un contexte où la Côte d’Ivoire traverse une transformation agricole profonde avec le lancement du PNIA 3, qui place la souveraineté alimentaire au cœur de ses priorités. Cette double actualité dit quelque chose d’important sur la direction que le pays veut donner à son agriculture : moderniser sans effacer, transformer sans détruire, produire davantage sans renoncer aux pratiques qui ont fait la résilience des terroirs ivoiriens pendant des générations.
Ce qui est particulièrement significatif dans cette reconnaissance FAO, c’est qu’elle concerne des villages ruraux dont la majorité ne fait jamais les manchettes des journaux nationaux. Ces quatorze communautés, dont les noms et localisations précises mériteraient d’être documentés et valorisés dans l’espace médiatique ivoirien, incarnent une forme de développement qui part du bas, qui s’appuie sur les savoirs locaux et qui produit des résultats que les institutions internationales les plus sérieuses reconnaissent comme exemplaires. Dans un pays qui court après la croissance économique et les grands projets d’infrastructure, cette reconnaissance dit qu’il existe aussi une Côte d’Ivoire rurale, patiente et ingénieuse, dont la contribution au développement durable mérite un respect et une visibilité que la médiatisation quotidienne ne lui accorde pas toujours.
À quelques jours du groupe consultatif international des 8 et 9 juillet, cette distinction FAO est un argument supplémentaire pour démontrer aux partenaires internationaux que la Côte d’Ivoire pense son développement sur plusieurs temporalités simultanément : la croissance rapide du PIB et les investissements massifs d’un côté, la préservation des systèmes agricoles durables et la valorisation des patrimoines naturels de l’autre. Ces deux dimensions ne s’excluent pas. Elles se complètent. Et le réseau GIAHS de la FAO vient de le certifier pour quatorze villages ivoiriens dont le monde rural a désormais toutes les raisons d’être fier.
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