La rédaction | lementor.net
Ce vendredi 1er mai 2026, pendant que les cortèges défilent sur le boulevard Latrille à Abidjan, la Fédération des syndicats autonomes de Côte d’Ivoire a choisi de dire tout haut ce que les travailleurs ivoiriens pensent tout bas depuis des mois. Le message est simple, direct et sans concession : la situation des salariés ivoiriens se dégrade, et les réponses du gouvernement restent en deçà de ce que la réalité exige.
Le premier grief est connu mais jamais résolu. La bourse scolaire est figée à 36 000 FCFA. Ce chiffre, inchangé depuis des années, est devenu le symbole d’un État qui indexe ses engagements sociaux sur une réalité qui n’existe plus. Un kilogramme de riz local coûte entre 500 et 600 FCFA à Abidjan. Un uniforme scolaire dépasse les 15 000 FCFA. Les fournitures d’une rentrée ordinaire avalent en une journée ce que la bourse est censée couvrir pour une année. La FESACI demande une revalorisation urgente et substantielle. Le gouvernement n’a pas répondu sur ce point précis.
Le deuxième grief est structurel. Le pouvoir d’achat des travailleurs ivoiriens s’érode depuis plusieurs trimestres sous l’effet conjugué de l’inflation alimentaire, de la hausse des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient et de la crise du cacao qui fragilise les revenus ruraux. Le SMIG ivoirien, fixé à 75 000 FCFA depuis 2013, n’a pas été réévalué depuis treize ans. En valeur réelle, il a perdu une fraction significative de son pouvoir d’achat. La FESACI n’est pas la première organisation à le signaler. Elle est peut-être la plus déterminée à ne pas lâcher le sujet.
Le gouvernement a adopté mercredi 29 avril deux projets de loi instaurant une prime spéciale pour certaines catégories de travailleurs. La mesure est réelle. Elle est insuffisante selon les syndicats, qui estiment qu’une prime ponctuelle ne saurait se substituer à une revalorisation structurelle des salaires et des allocations sociales. La distinction est fondamentale : une prime se donne et se retire. Une revalorisation du SMIG s’inscrit dans le droit et dans la durée.
Ce 1er mai 2026 s’inscrit dans un contexte social particulier. La Côte d’Ivoire affiche une croissance de 6,6% en 2025, des indicateurs macroéconomiques salués par le FMI, des investissements internationaux en hausse. Ces chiffres sont réels. Mais la FESACI pose ce matin la question que les tableaux Excel ne posent jamais : qui bénéficie de cette croissance, et à quel rythme ses fruits descendent-ils vers ceux qui travaillent chaque jour pour la produire ?
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