Par AN | Lementor.net
L’affaire de Koumassi Campement continue de produire des ondes de choc qui dépassent désormais les frontières ivoiriennes. Le gouvernement ghanéen a lancé une opération de rapatriement en faveur de 327 de ses ressortissants résidant en Côte d’Ivoire et affectés par les opérations de démolition survenues le 3 juin 2026 dans le quartier Houphouët-Boigny de Koumassi. Un premier groupe de 228 personnes a déjà regagné le territoire national. Les 99 restants sont en cours de rapatriement dans des conditions sécurisées, avec acheminement de leurs effets personnels.
Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a confirmé que cette assistance exceptionnelle a été déployée pour soutenir les personnes touchées par les mesures de déguerpissement intervenues en Côte d’Ivoire. Dans une note officielle, Accra a remercié les personnes et organisations ayant signalé la situation aux autorités compétentes et rendu hommage au travail de son ambassade à Abidjan, qui a coordonné les démarches administratives et logistiques liées à cette opération. Le gouvernement ghanéen a également salué la collaboration des autorités ivoiriennes, prenant acte de la volonté affichée par celles-ci de procéder à une indemnisation des personnes affectées par les démolitions.
Ce développement donne à l’affaire de Koumassi une dimension bilatérale que ni Abidjan ni Accra n’avaient anticipée. Ce qui était, dans un premier temps, présenté comme une opération d’exécution d’une décision de justice dans une commune d’Abidjan est devenu, en moins de dix jours, un incident diplomatique impliquant deux États voisins, la mobilisation du ministère ghanéen des Affaires étrangères, l’activation d’un dispositif consulaire d’urgence et un rapatriement de masse de ressortissants étrangers.
Ce n’est pas sans précédent dans l’histoire des relations ivoiro-ghanéennes. Les deux pays partagent une frontière de plus de 600 kilomètres et des liens humains d’une profondeur séculaire. Des centaines de milliers de Ghanéens vivent en Côte d’Ivoire, principalement dans les secteurs agricole et informel urbain. Ils constituent une communauté économiquement active, souvent établie depuis des générations, qui contribue significativement à la vie économique des quartiers populaires d’Abidjan et des zones cacaoyères de l’ouest du pays. Les démolitions qui les touchent ne sont jamais de simples faits urbains. Elles ont immédiatement une résonance consulaire et diplomatique.
Ce qui retient particulièrement l’attention dans la gestion de cet épisode, c’est la tonalité des déclarations ghanéennes. Accra n’a pas versé dans la polémique ni dans la condamnation de la Côte d’Ivoire. Elle a pris acte de la volonté affichée par Abidjan de procéder à des indemnisations et a salué la collaboration des autorités ivoiriennes. C’est une gestion diplomatique adulte, pragmatique, qui préserve la relation bilatérale tout en assurant la protection des ressortissants ghanéens. Le Ghana et la Côte d’Ivoire sont tous deux membres de la CEDEAO, liés par des accords de libre circulation des personnes et des biens, et leurs économies sont profondément interdépendantes à travers les flux commerciaux, migratoires et énergétiques qui traversent leur frontière commune.
Mais la question de l’indemnisation promise par Abidjan reste entière. Le parquet de la République ayant ouvert une enquête pénale sur les démolitions, après avoir constaté que l’homme identifié comme initiateur de l’opération, Alloui Brou Jacques, avait agi au-delà des autorisations judiciaires dont il se prévalait, la question de qui indemnise qui et sur quelle base juridique n’est pas encore réglée. Si l’opération était illégale dans ses dimensions réelles, comme le parquet le laisse entendre, l’indemnisation ne peut pas reposer sur le seul bon vouloir des autorités municipales ou du District. Elle doit reposer sur une décision judiciaire qui établit les responsabilités et fixe le montant des réparations dues.
Les 327 Ghanéens rapatriés, comme les centaines de familles ivoiriennes et de toutes nationalités qui se retrouvent sans logement depuis le 3 juin, attendent cette clarté. Entre une promesse d’indemnisation formulée par des autorités qui n’étaient pas à l’origine de l’opération, un initiateur présumé en fuite et une enquête judiciaire en cours, la route vers la réparation effective sera longue. Et pendant qu’elle se dessine, des familles dorment sans toit dans une ville qui continue de construire.
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