Par La Rédaction | Lementor.net
Avant le choc entre l’Allemagne et la Côte d’Ivoire dans ce Mondial 2026, un consultant pour une chaîne de télévision allemande, ancien footballeur international, a réduit le jeu des Éléphants ivoiriens à un football un peu africain et un peu sauvage. Ces mots, prononcés en direct sur une antenne télévisée nationale allemande à quelques heures d’une rencontre suivie par des millions de téléspectateurs à travers le monde, ont immédiatement suscité une vague d’indignation et relancé un débat que le football international pensait avoir, sinon résolu, du moins suffisamment combattu pour qu’il ne s’exprime plus aussi ouvertement dans un cadre médiatique professionnel.
L’expression football sauvage, accolée à une équipe africaine, n’est jamais une description technique. Elle est une catégorisation raciale déguisée en commentaire sportif. Elle convoque un imaginaire colonial dans lequel l’Afrique est associée à l’instinct plutôt qu’à l’intelligence, à la force brute plutôt qu’à la maîtrise tactique, à la nature plutôt qu’à la civilisation. Ce vocabulaire n’est pas neutre. Il porte en lui des siècles de représentations qui ont justifié la domination coloniale en présentant les peuples africains comme inférieurs sur le plan de la raison et de la rationalité, dignes seulement d’admiration pour leurs qualités physiques brutes.
Que ce commentaire ait été prononcé à propos d’une équipe ivoirienne qui vient de produire, depuis le début de ce Mondial, l’une des prestations tactiques les plus abouties et les plus disciplinées du tournoi, rend la remarque encore plus absurde sur le plan strictement footballistique. Les Éléphants d’Emerse Faé ne sont pas une équipe qui joue à l’instinct. Ils sont une équipe organisée, méthodique, dont la solidité défensive et la cohérence collective ont été saluées par l’ensemble des observateurs sérieux du tournoi. Réduire leur jeu à un stéréotype racial à quelques heures d’un match contre l’Allemagne, c’est non seulement une faute morale, c’est une faute professionnelle : c’est l’incapacité d’un consultant à analyser correctement ce qu’il observe parce que ses préjugés précèdent et déforment son regard.
Cette polémique, qui n’est malheureusement pas isolée dans l’histoire de la couverture médiatique européenne du football africain, doit être traitée avec la fermeté qu’elle mérite. Les instances du football, qu’il s’agisse de la FIFA, de la chaîne de télévision concernée ou des fédérations nationales, ont la responsabilité de ne pas laisser ce type de propos se diluer dans l’indifférence ou être balayé comme une simple maladresse de langage. Les mots ont un poids. Et dans un sport qui se targue d’unir les peuples et de transcender les frontières, ce type de commentaire rappelle que le racisme structurel n’a pas disparu des arènes médiatiques les plus visibles du football mondial, même en 2026.
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