La Rédaction | Lementor.net
Il y a des chiffres qui disent la confiance mieux que n’importe quel discours. Deux virgule sept milliards de dollars. C’est l’enveloppe que la Banque Islamique de Développement s’engage à mobiliser sur la période 2025-2029 pour accompagner la transformation économique et sociale de la Côte d’Ivoire. Un montant qui n’est pas tombé du ciel, mais qui est le produit de vingt-cinq ans d’une relation construite opération après opération, projet après projet, entre Abidjan et Djeddah.
La cérémonie de lancement officiel de la Stratégie de Partenariat Pays-Membre 2025-2029, présidée ce jeudi 21 mai à Abidjan par le ministre du Plan et du Développement Dr Souleymane Diarrassouba, en présence de Nabil Ghalleb, directeur régional de la BID pour le Hub de Dakar, a formalisé un engagement dont les chiffres méritent qu’on s’y arrête. Sur les 2,7 milliards prévus sur la période, 1,5 milliard provient directement des financements propres de la BID. Le reste sera mobilisé par les entités du Groupe, incluant la Société islamique pour le développement du secteur privé et d’autres instruments de financement multilatéraux. C’est un écosystème financier entier qui se déploie autour de la Côte d’Ivoire.
Pour comprendre ce que représente ce chiffre, il faut le replacer dans l’histoire du partenariat. La BID accompagne la Côte d’Ivoire depuis le début des années 2000. En vingt-cinq ans, les engagements cumulés du Groupe ont atteint 3,9 milliards de dollars, répartis sur 77 projets et opérations. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui, selon les données officielles présentées lors de la cérémonie, le premier portefeuille de la Banque Islamique de Développement en Afrique subsaharienne. Ce n’est pas une distinction protocolaire. C’est une reconnaissance de la capacité du pays à absorber les financements, à conduire les projets et à honorer ses engagements vis-à-vis d’un partenaire multilatéral exigeant.
Le portefeuille actif de la BID en Côte d’Ivoire compte aujourd’hui 24 opérations pour un volume global de 2,2 milliards de dollars. Ces opérations couvrent des secteurs qui constituent l’ossature du développement : les infrastructures routières et de transport, l’énergie, l’agriculture et le développement rural, l’éducation, la santé, l’eau et l’assainissement, et le développement du secteur privé. Sur la période du PND 2021-2025 qui vient de s’achever, huit projets ont été complétés et onze nouvelles opérations approuvées, représentant un volume cumulé de 1,7 milliard de dollars. La trajectoire est ascendante, cohérente, et s’inscrit dans une continuité que peu de partenariats bilatéraux ou multilatéraux peuvent revendiquer à cette échelle en Afrique de l’Ouest.
La revue de performance conduite du 15 au 20 mai 2026 par les équipes de la BID en Côte d’Ivoire a toutefois permis de mettre des mots sur ce qui reste à améliorer. Le ministre Diarrassouba ne s’est pas dérobé à cet exercice d’autocritique publique. Il a relevé sans détour plusieurs défis persistants : la faible maturité de certains projets au moment de leur soumission, les retards dans les passations de marchés, les difficultés à mobiliser la contrepartie nationale, et les lenteurs administratives dans la délivrance des avis de non-objection. Ces problèmes ne sont pas propres à la Côte d’Ivoire. Ils sont le lot commun de la plupart des pays africains qui gèrent simultanément des portefeuilles de financement multilatéraux lourds. Mais les reconnaître publiquement lors d’une cérémonie de lancement, c’est prendre un engagement devant son partenaire : cette fois, on fait mieux.
C’est précisément pour répondre à ces déficiences que la SPPM 2025-2029 innove sur le plan institutionnel. Au-delà de l’enveloppe financière, elle crée une cellule dédiée au suivi et à la coordination du partenariat, avec pour mission de fluidifier les échanges entre les ministères sectoriels ivoiriens et les équipes de la BID, d’accélérer les processus de décaissement et de réduire les délais entre l’approbation d’un projet et son entrée en exécution effective. Cette cellule sera le garde-fou qui transforme les engagements chiffrés en réalisations concrètes.
La diplomatie économique ivoirienne montre ici toute sa cohérence. Le lancement de la SPPM avec la BID n’est pas un événement isolé. Il s’inscrit dans une séquence de mobilisation financière internationale qui conduit vers le Groupe consultatif des 8 et 9 juillet 2026 à Abidjan, où le gouvernement espère lever 11 138,2 milliards de FCFA auprès de l’ensemble de ses partenaires techniques et financiers pour financer le PND 2026-2030. La BID a été formellement invitée à y participer. Avoir bouclé la SPPM avant cet événement n’est pas anodin : c’est arriver à la grande table des bailleurs avec un accord déjà signé, un partenariat déjà structuré, un signal de crédibilité envoyé à tous les autres participants.
Ce que ce partenariat dit aussi, et ce n’est pas la moindre de ses dimensions, c’est la diversification assumée des canaux de financement ivoiriens. La BID n’est pas la Banque mondiale, ni la BAD, ni l’Union européenne. Elle finance selon des modalités islamiques qui excluent l’intérêt conventionnel et privilégient des instruments comme la mourabaha ou l’istisna. Pour un pays qui cherche à élargir son assiette de partenaires financiers tout en maintenant une orthodoxie budgétaire reconnue par les agences de notation, avoir accès à ces instruments est un atout supplémentaire.
Deux virgule sept milliards de dollars en cinq ans. Pour des routes qui désenclavent les zones rurales, des hôpitaux qui accueillent les malades, des barrages qui alimentent les villages en électricité, des écoles qui forment la prochaine génération. C’est à cette mesure-là que les partenariats de développement doivent être jugés. Pas dans les cérémonies de signature, mais dans les inaugurations d’infrastructures, les tableaux de classe remplis et les femmes qui n’accouchent plus dans des maternités sans eau courante.
Le compte à rebours a commencé.
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