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Le rêve était grand. En avril 2023, la Confédération africaine de football attribuait pour la première fois de son histoire l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations à trois pays simultanément. Le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, réunis sous la bannière du projet Pamoja, mot swahili signifiant ensemble, promettaient une compétition inédite, vitrine du dynamisme de l’Afrique de l’Est, avec des investissements massifs dans les stades, les transports et l’accueil des 28 équipes participantes. Le tournoi est prévu du 19 juin au 18 juillet 2027. Il reste quatorze mois. Et le rapport d’inspection de la CAF rendu public ce 22 avril 2026 est sans complaisance.
Le constat est sévère, pays par pays. En Ouganda, la phrase du rapport est lapidaire : aucun des stades inspectés ne répond, à ce jour, aux exigences de catégorie 4. C’est le standard le plus élevé requis par la CAF pour accueillir les rencontres d’un tournoi continental. Le Mandela National Stadium de Namboole, à Kampala, la principale enceinte du pays, nécessite une démolition partielle et une expansion structurelle. Le calendrier initial de quinze mois pour ces travaux avait déjà été jugé incompatible avec les délais, poussant la CAF à recommander une stratégie révisée visant une finalisation pour décembre 2026 au plus tard. Le Hoima City Stadium, bien que structurellement achevé, présente des lacunes opérationnelles significatives dans la ségrégation des spectateurs, les installations pour les médias et les espaces dédiés aux officiels. Ce mercredi 22 avril, une délégation de la CAF était à Kampala pour une réunion de crise avec les autorités ougandaises.
Au Kenya, la situation n’est guère plus rassurante. Le Talanta Sports City de Nairobi, pièce centrale du dispositif kényan, devait être livré fin 2025. Sa livraison a été repoussée à l’été 2026, sans garantie que ce nouveau délai sera tenu. Le gouvernement kényan avait d’abord tenté de minimiser les avertissements de la CAF, citant le succès de la co-organisation du CHAN 2025. Mais face à la sévérité du rapport d’avril 2026, le Comité d’organisation local a été restructuré en urgence pour tenter d’accélérer les décisions et les engagements de financement. Pour Nairobi, les enjeux dépassent le seul football : le Kenya avait déjà perdu l’organisation de la CAN 1996 et du CHAN 2018 pour des raisons similaires. Un troisième retrait serait un camouflet diplomatique et sportif historique.
Seule la Tanzanie tire son épingle du jeu. Elle est le pays le plus avancé des trois dans ses préparatifs. Mais cette avance relative ne la met pas à l’abri des obstacles. Le Benjamin Mkapa Stadium de Dar es Salaam requiert des mises à niveau majeures, notamment la reconstruction du terrain, l’amélioration de l’éclairage à au minimum 2 500 lux et l’installation de systèmes d’alimentation de secours. Le Samia Suluhu Hassan Stadium, le plus avancé de tous les sites inspectés, attend encore la certification de son éclairage, de ses systèmes de sécurité et de ses installations techniques. Par ailleurs, plusieurs sites d’entraînement doivent encore être officiellement homologués. La Tanzanie regarde la situation de ses voisins avec une inquiétude croissante : elle pourrait être pénalisée pour les retards du Kenya et de l’Ouganda, alors qu’elle a tenu ses engagements.
Les trois pays partagent un obstacle commun qui transcende les questions de béton et d’éclairage. Le visa unique PAMOZA, censé faciliter les déplacements des équipes, des supporters et des délégations entre les trois pays durant la compétition, n’est pas encore opérationnel. Sa mise en place effective est une condition sine qua non de la validation finale par la CAF. Sans lui, la promesse d’une organisation régionale fluide et intégrée reste lettre morte.
Face à ce tableau, la CAF travaille en coulisses sur un plan B. Le nom qui revient avec insistance est celui de l’Afrique du Sud. Le pays dispose d’un héritage infrastructurel exceptionnel, hérité de la Coupe du Monde 2010 : neuf stades de niveau mondial, un réseau de transport opérationnel, une expérience avérée de gestion de grands événements sportifs internationaux, et la capacité politique et logistique de prendre en charge une organisation de cette envergure dans des délais très courts. Des discussions informelles auraient déjà eu lieu pour sonder la disponibilité des autorités de Pretoria. Le Rwanda est également évoqué comme alternative partielle pour absorber des matches en cas de défaillance d’un des trois pays hôtes. Une réunion de crise entre la CAF et les délégations kényane, ougandaise et tanzanienne est prévue la semaine prochaine à Nairobi. Ce sera vraisemblablement la dernière occasion pour le trio Pamoja de démontrer qu’il mérite de conserver l’organisation.
L’histoire de la CAN est jalonnée de retraits de dernière heure. Le Maroc avait été exclu en 1996 pour avoir refusé d’organiser le tournoi en raison de l’épidémie d’Ebola. La Guinée équatoriale avait repris l’organisation de la CAN 2012 en urgence après le retrait du Maroc. La Côte d’Ivoire elle-même avait été désignée co-organisatrice de la CAN 2021 en remplacement du Cameroun, avant que la compétition ne soit finalement maintenue puis décalée à 2022. Si la CAF tranche en faveur d’une délocalisation avant la fin 2026, ce serait la confirmation d’un principe que le football africain connaît trop bien : l’ambition continentale bute régulièrement sur la réalité des capacités d’exécution.
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