La Rédaction | Lementor.net
On attendait un congrès de fondation. On a eu un congrès de discipline. Le premier congrès ordinaire du PPA-CI, tenu les 14 et 15 mai 2026 au Palais de la Culture Bernard Binlin Dadié de Treichville, restera dans les mémoires non pas pour l’ambiance militante qui y régnait, mais pour les têtes qui y sont tombées.
La radiation définitive d’Ahoua Don Mello, de Fernand Ahilé et de Kanga Kouakou Antoine constitue le fait politique le plus saillant de ces deux journées. Des noms qui portent une histoire, des noms qui ont accompagné Laurent Gbagbo dans des moments autrement plus difficiles que ceux d’aujourd’hui. Leur exclusion n’est pas un simple acte administratif. C’est un signal politique fort, adressé à tous ceux qui seraient tentés de croire que la loyauté peut avoir des degrés.
Le cas Don Mello mérite qu’on s’y attarde. Ingénieur des ponts et chaussées, ancien directeur général du BNETD, ancien ministre, il est l’un des cadres les plus réputés du mouvement gbagboïste. Lorsqu’il annonce sa candidature à la présidentielle d’octobre 2025, il ne se présente pas comme un opposant à Gbagbo. Il se présente comme un plan B, un filet de sécurité au cas où son mentor serait déclaré inéligible. Ce raisonnement, qui paraissait pragmatique à certains, était en réalité une ligne rouge que la direction du parti ne pouvait pas laisser franchir sans perdre le contrôle de sa propre cohérence. La candidature personnelle, dans une organisation qui prône la discipline de parti, ne peut pas s’habiller en dévouement collectif. Le parti a tranché. Don Mello est dehors.
Stéphane Kipré et Georges Armand Ouégnin, eux, écopent de dix-huit mois de suspension. Onze autres membres héritent de douze mois. La logique est la même : ils ont participé aux élections législatives de décembre 2025 alors que le parti avait décidé le boycott. Dans une formation politique dont l’existence même repose sur la résistance à l’ordre établi, désobéir à la consigne électorale est perçu non comme un acte de courage mais comme une trahison de la stratégie collective.
Ce qui frappe, en regardant l’ensemble du tableau, c’est moins la sévérité des sanctions que ce qu’elles révèlent sur l’état interne du mouvement. Un parti dont le premier congrès ordinaire est dominé par des procédures disciplinaires, qui exclut ses figures les plus connues et suspend ses cadres les plus actifs à l’international, est un parti qui consacre plus d’énergie à se purger qu’à se projeter. La cohérence interne a un prix. Et ce prix, pour l’instant, se paie en capital humain.
Laurent Gbagbo, reconduit à la présidence du parti par acclamation, incarne à lui seul cette contradiction. Il avait annoncé vouloir se retirer progressivement de la première ligne. Il se retrouve, une fois de plus, à la tête d’un mouvement qui n’a pas encore trouvé comment exister sans lui. Ce n’est pas sa faiblesse. C’est la faiblesse d’une génération de cadres qui n’ont pas su, ou pas pu, construire leur propre légitimité en dehors de son ombre.
L’opposition ivoirienne n’est pas morte. Elle se restructure. Mais elle le fait dans la douleur, par la contrainte plutôt que par la vision, par la soustraction plutôt que par l’addition. Pour peser sur la prochaine séquence politique ivoirienne, le PPA-CI devra trouver la réponse à une question simple mais brutale : que propose-t-il aux Ivoiriens au-delà du rejet du régime Ouattara ? La discipline interne ne suffit pas à construire une alternative crédible. Il faut un projet. Et pour l’instant, ce projet reste à écrire.
Leave a comment