La Rédaction | Lementor.net
Il y a quelque chose d’ironique, et peut-être de révélateur, dans le fait que la corporation qui a vocation à informer le public sur les dysfonctionnements des autres institutions peine elle-même à organiser ses propres élections. L’Union Nationale des Journalistes de Côte d’Ivoire devait tenir son 12e congrès électif les 22 et 23 mai 2026. Il n’aura pas lieu à ces dates. Le Comité ad hoc chargé de l’organisation a annoncé le report, évoquant la nécessité de préserver l’unité et la crédibilité de l’organisation.
Le président exécutif du Comité, Amos Beonaho, a appelé les journalistes, les candidats et leurs soutiens à la responsabilité et à la retenue. Des mots mesurés qui traduisent en réalité une situation moins apaisée que la communication officielle ne le laisse entendre. Le report d’un congrès électif est toujours le symptôme d’une tension sous-jacente : des candidatures qui s’affrontent sans se reconnaître, des listes qui contestent leur composition ou leurs règles, des soutiens qui s’organisent en clans, des accusations de partialité qui circulent dans les couloirs.
L’UNJCI traverse depuis plusieurs années une période complexe. La corporation journalistique ivoirienne s’est profondément transformée avec l’explosion des médias numériques, des chaînes d’information en ligne, des journalistes de terrain qui publient directement sur les réseaux sociaux sans passer par les structures traditionnelles. Cette transformation a créé des questions légitimes sur la représentativité de l’organisation : qui représente l’UNJCI ? Les journalistes des grands groupes audiovisuels et de presse écrite historiques ? Les nouvelles générations de journalistes numériques ? Les correspondants régionaux des médias nationaux ? Les créateurs de contenu qui exercent un rôle journalistique sans en porter le titre ?
Ces questions de représentativité se doublent de questions de légitimité. Un syndicat ou une organisation professionnelle ne vaut que par la confiance que lui accordent ses membres. Et cette confiance se construit dans la transparence des processus électifs. Quand un congrès est reporté pour préserver la crédibilité du scrutin, c’est souvent parce que cette crédibilité est déjà mise en doute.
L’appel à la responsabilité lancé par Amos Beonaho n’est pas vide de sens. Dans un pays où la liberté de la presse reste un acquis fragile, où les journalistes sont parfois exposés à des pressions judiciaires et politiques, avoir une organisation professionnelle forte, unie et représentative est une nécessité. Une UNJCI affaiblie par ses querelles internes est une UNJCI moins capable de défendre ses membres quand ils en ont besoin.
Le nouveau calendrier du congrès n’a pas encore été annoncé. Il le sera prochainement, selon le Comité ad hoc. D’ici là, les journalistes ivoiriens ont le temps de réfléchir à ce que leur organisation doit être, à qui elle doit représenter, et à quel prix ils sont prêts à payer pour qu’elle le devienne vraiment.
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