La Rédaction | Lementor.net
Hier soir à Salé, les Éléphanteaux U17 ont été éliminés par l’Égypte en quart de finale. Une élimination de plus. Dans une série qui commence à peser lourd sur la conscience du football ivoirien de formation. Parce que ce qui rend cette série particulièrement interpellante, ce n’est pas l’absence de moyens, ni l’absence de vision stratégique, ni l’absence de volonté institutionnelle. C’est précisément l’inverse. Tout est en place. Et les trophées ne viennent pas.
La FIF a fait son travail. Pleinement, chiffrés, documentés.
Budget de 24,7 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 110% en deux ans. Budget 2026 de 21,7 milliards dont 6,9 milliards dédiés aux infrastructures. Centre Technique National en construction, doté de 2,1 milliards, avec l’objectif précis de produire 50 talents internationaux d’ici 2030. Plan quinquennal de 15 milliards pour former 200 entraîneurs diplômés. Programme de Détection des Sports à 2,375 milliards sur quatre années scolaires. Subventions aux clubs de Ligue 1 portées à 100 millions chacun. Reversements totaux aux clubs à 4,6 milliards en 2026. Budget du football féminin en hausse de 14%. Ministère des Sports doté de 70,4 milliards pour l’ensemble du sport ivoirien. Partenariat avec le FC Barcelone pour Ivoire Académie. Séminaires stratégiques sur la formation. Référentiel pédagogique national défini.
La FIF a fait ce qu’une fédération doit faire. Elle a créé les conditions de l’excellence. Elle a construit le cadre. Elle a mis l’argent sur la table. Elle a défini la vision et les outils pour la mettre en œuvre.
La question qui se pose depuis hier n’est donc pas une question institutionnelle. C’est une question humaine et opérationnelle. Les encadrements techniques qui bénéficient de toutes ces conditions sont-ils individuellement et collectivement à la hauteur de ce que ces conditions permettent d’exiger ?
Ce que les résultats récents montrent impose une réponse honnête : non, pas encore.
Pas seulement ce soir. La série est longue et elle concerne les deux sexes. Les Éléphantes ont multiplié les éliminations précoces dans les compétitions continentales féminines malgré des investissements croissants. Les U17 masculins quittent les compétitions majeures au stade des quarts de finale ou des demi-finales depuis plusieurs éditions. Les U20 peinent à capitaliser sur les viviers identifiés par les programmes de détection. L’enchaînement qualification-élimination-qualification-élimination est devenu un cycle que rien ne semble briser malgré des conditions de travail améliorées à chaque cycle.
Ce que cela dit, c’est que quelque chose se perd entre le cadre et le terrain. Entre les moyens alloués et leur traduction en performances collectives lors des grandes échéances. Entre les séminaires stratégiques et les choix tactiques dans les vestiaires au moment décisif.
Être entraîneur d’une sélection nationale ivoirienne de jeunes en 2026, c’est exercer dans des conditions que des techniciens de nations bien plus riches envieraient. Infrastructure de qualité. Programme de détection national qui alimente le vivier. Partenariats avec des académies de standing mondial. Budget de préparation sérieux. Suivi médical. Stages réguliers. Ce cadre de travail est une chance et une responsabilité.
La responsabilité, c’est de le transformer en résultats mesurables. Et les résultats, dans le football de compétition, se mesurent en trophées. Pas seulement en qualifications. Les qualifications sont le point de départ, pas la destination.
Ce qui manque aujourd’hui dans les encadrements techniques ivoiriens de jeunes, c’est cette conviction profonde que chaque moyen mis à disposition est une dette envers les joueur, c’est cette conviction profonde que chaque moyen mis à disposition est une dette envers les joueurs qu’ils encadrent et envers le pays qui les mandate. Que l’argent dépensé pour préparer une sélection de jeunes n’est pas un budget géré mais un engagement pris devant le football ivoirien. Que les heures de travail, les séances d’entraînement, les analyses vidéo, les plans de jeu préparés pour chaque adversaire, les choix tactiques en cours de match, la gestion des temps forts et des temps faibles d’une compétition, tout cela doit être à un niveau d’exigence qui correspond aux conditions exceptionnelles dont bénéficient ces équipes.
Regardons ce que les mêmes conditions ont permis de produire ailleurs pour mesurer le différentiel.
Le Maroc champion d’Afrique U17 en 2021 et 2023, demi-finaliste ce soir chez lui, travaille sur un référentiel national défini par la fédération. Ce référentiel est entre les mains des entraîneurs. C’est eux qui décident de l’appliquer avec rigueur, de le vivre dans chaque séance, de l’imposer à leurs joueurs comme une culture et pas comme une contrainte administrative. Ce sont des techniciens qui ont décidé individuellement que leur mission méritait leur meilleur niveau de préparation, pas seulement leur présence.
L’Égypte qui vient d’éliminer les Éléphanteaux ce soir a construit son efficacité collective sur quelque chose que les chiffres ne capturent pas : l’intensité de l’engagement individuel de ses techniciens. Ces joueurs égyptiens ont battu des Ivoiriens techniquement comparables parce que leur cohérence défensive, leurs automatismes collectifs, leur capacité à maintenir leur organisation sous pression parlent d’un travail quotidien minutieux, obsessionnel, professionnel au sens le plus exigeant du terme.
La question qui doit maintenant occuper les responsables du football ivoirien n’est pas de savoir combien d’argent supplémentaire débloquer. C’est de regarder en face si les techniciens qui bénéficient des conditions actuelles s’imposent à eux-mêmes le niveau d’exigence que ces conditions autorisent et que ces résultats exigent.
Parce qu’il existe deux types d’encadreurs techniques dans le monde du football de formation. Ceux qui font leur travail. Et ceux qui font leur travail comme si chaque session comptait, comme si chaque choix tactique avait un prix, comme si les enfants et les jeunes qu’ils encadrent méritaient leur meilleure version à chaque entraînement.
Le Mondial U17 au Qatar arrive en novembre 2026. Six mois. Avec ce groupe qualifié, dans ces conditions exceptionnelles, avec ces moyens institutionnels. Ce que les encadreurs techniques feront de ces six mois dira s’ils ont compris ce soir à Salé que l’excellence des conditions impose l’excellence de l’effort. Pas à mi-régime. Pas en faisant le minimum pour avancer. Avec la totalité de leur savoir, de leur passion et de leur engagement personnel au service d’une génération qui mérite d’arriver au Qatar en étant la meilleure version d’elle-même.
Les trophées ne viennent pas d’eux-mêmes. Ils viennent de ceux qui les méritent sur le terrain. Et mériter sur le terrain commence par mériter à l’entraînement. Tous les jours. Sans exception.
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