Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a un préjugé tenace dans les milieux économiques libéraux : l’État ne sait pas gérer. L’entreprise publique est par définition inefficace, bureaucratique, opaque, condamnée à la médiocrité par l’absence de pression compétitive et la prédominance des logiques politiques sur les logiques de performance. Ce préjugé a parfois des fondements réels. Mais les chiffres publiés par le Conseil des ministres ivoirien sur le bilan des entreprises publiques au 31 décembre 2025 méritent d’être regardés avant de le répéter mécaniquement.
Chiffre d’affaires cumulé de 4 728,3 milliards de FCFA. C’est le résultat de l’ensemble des entreprises publiques ivoiriennes sur l’exercice 2025. Un chiffre qui représente environ un tiers du PIB national, qui confirme que l’État ivoirien n’est pas qu’un régulateur et un redistributeur mais aussi un producteur de valeur économique réelle à travers ses participations dans des secteurs stratégiques.
Le portefeuille des entreprises publiques ivoiriennes est diversifié. Il comprend des acteurs de l’énergie comme la CI-Energies, dont le rôle dans la production et la distribution électrique est central pour toute l’activité économique du pays. Des opérateurs de télécommunications dont les participations de l’État génèrent des revenus significatifs. Des banques publiques dont le rôle dans le financement de l’agriculture et des PME reste structurant. Des sociétés de gestion des infrastructures portuaires, aéroportuaires et routières qui constituent le squelette logistique de l’économie ivoirienne. Et des entreprises agroalimentaires et industrielles qui transforment les matières premières locales plutôt que de les exporter brutes.
Ce résultat de 4 728 milliards arrive à un moment particulièrement stratégique. Dans moins de six semaines, Abidjan accueillera le Groupe Consultatif qui doit mobiliser 11 138 milliards de FCFA auprès des partenaires techniques et financiers pour financer le PND 2026-2030. Dans ce contexte, présenter des entreprises publiques qui génèrent ensemble plus de 4 700 milliards de chiffre d’affaires annuel, c’est montrer aux investisseurs et aux bailleurs que le secteur public ivoirien est un acteur économique crédible, pas un gouffre à subventionner.
La publication de ce bilan dit aussi quelque chose sur la direction prise par la gouvernance des entreprises publiques en Côte d’Ivoire depuis plusieurs années. Le passage progressif à des normes OHADA de comptabilité et de gouvernance, le renforcement des conseils d’administration avec des administrateurs indépendants, les exigences de publication de comptes certifiés : ces réformes de fond ont amélioré la lisibilité des performances des entreprises publiques et renforcé leur crédibilité aux yeux des partenaires financiers internationaux.
Il ne s’agit pas de nier que des défis structurels persistent. Certaines entreprises publiques ivoiriennes restent dépendantes des commandes de l’État pour équilibrer leurs comptes. La gouvernance de quelques-unes fait encore l’objet de critiques sur la transparence des marchés et la gestion des ressources humaines. Le présumé détournement de 5 milliards à la MUPEMENET-CI, qui a conduit au déferrement de trois personnes au parquet, rappelle que la vigilance doit rester permanente. Ces failles existent et méritent d’être nommées.
Mais le chiffre de 4 728 milliards dit aussi que l’économie mixte à l’ivoirienne, dans laquelle l’État reste actionnaire de référence dans les secteurs stratégiques tout en laissant le secteur privé occuper la première place dans la création de richesse, produit des résultats. Ces résultats seront un argument de poids à Abidjan en juillet. Et ils méritaient d’être dits.
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