Par La Rédaction | Lementor.net
Le marché international du cacao pourrait connaître un nouveau retournement. Les premières projections sur la campagne 2026-2027, publiées par Bloomberg le 29 juin, font état d’une baisse sensible de la production en Côte d’Ivoire et au Ghana, une situation qui risque de resserrer l’offre mondiale et de soutenir les prix dans les mois à venir.
D’après cette enquête, la Côte d’Ivoire pourrait produire environ 1,8 million de tonnes lors de la prochaine campagne, qui débutera en septembre, contre près de 2,2 millions de tonnes au cours de la saison actuelle. C’est une contraction d’environ 20 % de la récolte, un chiffre qui, s’il se confirme, reconfigurera significativement l’équilibre offre-demande sur un marché mondial déjà nerveux. Jonathan Parkman, responsable des ventes agricoles chez le courtier international Marex, estime que les niveaux de cabosses actuellement observés en Côte d’Ivoire et au Ghana figurent parmi les plus faibles jamais constatés pour cette période de l’année. C’est une déclaration qui, dans le milieu du négoce du cacao, vaut un signal d’alarme.
Les marchés financiers ont déjà commencé à intégrer cette perspective. Les contrats à terme négociés à New York ont progressé d’environ 25 % durant le mois de juin, leur meilleure performance mensuelle depuis la fin de l’année 2024. Cette réaction anticipe ce que les prévisions de terrain menacent de confirmer.
La filière sort à peine d’une période extrêmement difficile. Les prix mondiaux avaient atteint des sommets historiques dépassant les 13 000 dollars la tonne, portés par les pénuries de 2024-2025. Les autorités ivoiriennes en avaient profité pour fixer un prix bord champ record de 2 800 FCFA le kilogramme en octobre 2025. Mais le retournement du marché avait été brutal. L’amélioration des récoltes dans plusieurs pays producteurs et le ralentissement de la demande mondiale avaient provoqué une forte correction des cours. Les exportateurs s’étaient retrouvés avec un prix garanti devenu inabsorbable, les achats avaient ralenti, plus de 200 000 tonnes s’étaient accumulées dans les ports d’Abidjan et de San Pedro, et les coopératives avaient attendu des semaines avant d’être payées. Le gouvernement avait été contraint de réviser brutalement à la baisse le prix bord champ de la campagne intermédiaire à 1 200 FCFA le kilogramme le 4 mars 2026, suscitant la colère de nombreux planteurs dont certains ont arraché ou abandonné leurs vergers.
Ce sont précisément ces abandons qui alimentent aujourd’hui les inquiétudes sur la récolte à venir. Des planteurs découragés par les prix bas de mars 2026 ont réduit leurs soins aux vergers ou abandonné des parcelles. Le résultat se voit maintenant dans le faible développement des cabosses. La décision de mars, nécessaire pour corriger les déséquilibres du marché, a produit un effet pervers sur l’offre future. C’est le cycle cruel de la filière cacao : les décisions prises sous la pression des marchés créent les conditions des déséquilibres suivants.
À ces facteurs humains s’ajoutent les aléas climatiques. Les prévisions internationales annoncent un renforcement du phénomène El Niño entre juillet et septembre, augmentant les risques de sécheresse et d’événements météorologiques extrêmes. L’harmattan pourrait être plus violent que d’habitude dans les zones de production. Et les importantes précipitations de ces derniers mois ont favorisé une forte humidité dans les plantations, créant des conditions propices au développement de maladies fongiques dont la pourriture noire des cabosses.
Plusieurs institutions financières estiment désormais que le marché mondial pourrait replonger dans une situation de déficit dès la campagne 2026-2027. Citigroup et Marex anticipent un déséquilibre entre l’offre et la demande susceptible de soutenir durablement les prix. Rabobank et Expana demeurent plus prudents et continuent de prévoir un excédent mais d’une ampleur nettement inférieure à celui de cette année. Ces divergences de prévisions entre institutions sérieuses disent l’incertitude réelle du moment.
Pour la Côte d’Ivoire, les enjeux sont existentiels. La filière cacao contribue à hauteur de 15 à 20 % du PIB, assure les revenus de près de six millions de personnes et demeure l’une des principales sources de recettes en devises du pays. Si les prochaines évaluations de terrain attendues en juillet confirment la baisse de la récolte, le marché pourrait renouer avec une dynamique haussière dès l’ouverture de la campagne, offrant de meilleures perspectives aux producteurs. Mais cette perspective favorable pour les prix cache une réalité inquiétante sur les volumes : moins de cacao produit, même vendu plus cher, peut signifier moins de revenus au total pour une filière qui a besoin de stabilité autant que de prix rémunérateurs.
La question de fond que cette incertitude soulève est celle de la résilience structurelle de la filière ivoirienne face aux cycles des marchés mondiaux. Tant que la Côte d’Ivoire exportera majoritairement des fèves brutes et dépendra des négociants et transformateurs extérieurs pour valoriser sa production, elle restera exposée à ces montagnes russes des cours qui fragilisent les producteurs, déstabilisent les exportateurs et compliquent la planification budgétaire de l’État. La création de l’OPEP du cacao avec le Ghana, le Nigeria et le Cameroun en juin 2026 est une réponse à cette vulnérabilité structurelle. Si elle fonctionne comme prévu, elle devrait contribuer à stabiliser les prix dans un couloir plus favorable aux producteurs africains. Mais la prochaine récolte sera là avant que cet accord ait eu le temps de produire ses premiers effets.
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