Par La Rédaction | Lementor.net
Ce mardi 14 juillet 2026, six personnes proches de l’ancien président de transition malien Bah N’Daw comparaissent devant la justice malienne pour tentative de complot contre l’État. Cette procédure judiciaire est l’un des épisodes les plus révélateurs de la façon dont la junte d’Assimi Goïta traite ses adversaires réels ou supposés : la criminalisation de toute proximité avec les figures politiques qui l’ont précédée ou qui pourraient la menacer.
Bah N’Daw est une figure centrale de la transition malienne. Général de l’armée de l’air à la retraite, il avait été désigné président de la transition en septembre 2020 après le premier coup d’État qui avait renversé Ibrahim Boubacar Keïta. Sa cohabitation avec Assimi Goïta, alors vice-président de la transition, avait duré neuf mois avant que Goïta ne le renverse à son tour en mai 2021 lors d’un second putsch. Bah N’Daw avait été brièvement détenu puis assigné à résidence. Il est depuis lors une figure de l’opposition silencieuse, surveillé, contrôlé, mais toujours présent dans le paysage politique malien.
La mise en cause de six de ses proches pour tentative de complot dit plusieurs choses sur l’état du Mali en ce mois de juillet 2026. La première est que la junte, affaiblie militairement par les offensives du JNIM et du FLA et fragilisée institutionnellement par la mort de Sadio Camara, intensifie sa surveillance politique et ses procédures judiciaires contre ceux qu’elle perçoit comme des menaces potentielles. C’est le comportement classique d’un régime sous pression qui resserre l’étau répressif quand il sent que sa légitimité est contestée.
La deuxième chose que dit cette procédure, c’est l’état du système judiciaire malien sous la junte. Depuis mai 2025 et l’abrogation de la loi sur les partis politiques, depuis les dissolutions successives d’organisations civiles, syndicales et étudiantes, depuis les disparitions forcées de militants et d’activistes documentées par Human Rights Watch, la justice malienne est de moins en moins un espace indépendant et de plus en plus un instrument de la répression politique. Des hommes comparaissent pour tentative de complot. La qualification est grave. Elle est aussi particulièrement difficile à contester dans un système judiciaire qui ne dispose plus des garde-fous institutionnels qu’une justice indépendante aurait pu lui offrir.
La troisième dimension de cette affaire est régionale. Elle dit que pendant que la Côte d’Ivoire mobilise 47 820 milliards de FCFA pour son plan de développement et que le Sénégal nomme un président du Conseil constitutionnel indépendant, le Mali poursuit la judiciarisation de ses opposants politiques. Le contraste entre ces trajectoires dit que l’Afrique de l’Ouest n’est pas une région homogène. C’est un espace de divergences profondes entre des pays qui construisent des institutions et des pays qui les démantèlent.
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