La rédaction | Lementor.net
Mardi soir, après quatre jours de silence pesant, Assimi Goïta a finalement pris la parole. Un discours solennel depuis un lieu que les autorités n’ont pas précisé, lu avec la raideur de quelqu’un qui choisit chaque mot avec précaution. Il a rendu hommage au général Sadio Camara, mort samedi dans sa résidence de Kati avec sa femme et ses petits-enfants. Il a appelé à l’unité nationale. Il a promis que l’État tiendrait. Et il a reçu l’ambassadeur russe Igor Gromyko : première apparition publique documentée depuis les attaques du 25 avril.
Ce discours était attendu. Il était nécessaire. Mais il n’a pas éteint les incendies. Il a simplement confirmé que quelqu’un tient encore le gouvernail, sans dire très clairement dans quelle direction il navigue.
Ce matin à Bamako, la tension reste palpable. Les cours sont suspendus dans le cercle de Kati jusqu’à nouvel ordre, une mesure qui en dit long sur l’état réel de la sécurité dans ce bastion militaire où le ministre de la Défense a été tué chez lui il y a quatre jours. Mardi soir, une alerte faisant état d’une possible présence d’hommes armés près de l’université de Kabala et du quartier de Kalaban Coro a provoqué un mouvement de panique parmi les étudiants, qui ont quitté précipitamment les lieux. L’information n’a pas été confirmée comme une attaque réelle, mais dans une ville sous couvre-feu, ce genre d’alerte suffit à rappeler que la peur, elle, ne dort pas.
Ce qui change profondément la nature de cette crise, c’est le blocus. Depuis septembre 2025, le JNIM avait progressivement étranglé les routes pétrolières vers Bamako. Ce que l’on apprenait ces dernières heures, et que les autorités ne démentent pas, c’est que ce blocus vient de changer de dimension. Il ne porte plus seulement sur le carburant. Il vise désormais les vivres et l’ensemble des marchandises entrant dans la capitale. Les axes routiers majeurs en provenance du Sénégal, de la Mauritanie, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire, les poumons commerciaux du Mali enclavé, sont sous pression directe. Sur les marchés de Bamako, les commerçants observent les stocks avec inquiétude. Dans les gares routières, les camions hésitent à partir. L’enjeu est simple et brutal : couper l’approvisionnement d’une capitale de deux millions de personnes pour fragiliser le soutien populaire au régime.
L’armée malienne multiplie les patrouilles d’escorte sur les axes sensibles. Quelques convois de carburant ont réussi à entrer dans la ville sous protection militaire. Mais escorter des camions de ravitaillement sur des centaines de kilomètres de routes exposées, dans un pays où les groupes armés contrôlent désormais une partie significative du territoire, est une course que l’armée ne peut pas tenir indéfiniment.
Au nord, Kidal reste aux mains du FLA. Des rapports font état d’affrontements persistants dans la zone sahélienne. Africa Corps, dont le retrait de Kidal la semaine dernière avait stupéfait les observateurs, tient encore certaines positions dans d’autres régions mais sa présence n’a pas suffi à empêcher la désintégration progressive du contrôle territorial malien.
Ce que Goïta a dit mardi soir était politique. Ce que le Mali vit ce mercredi matin est militaire, économique et humain simultanément. Un président qui reparle n’est pas un président qui a repris le contrôle. La parole rassure les alliés et calme les rumeurs. Elle ne débloque pas les routes, elle ne reconstruit pas l’état-major décimé, et elle ne change pas le rapport de force sur le terrain.
Pour la Côte d’Ivoire et ses voisins du golfe de Guinée, ce qui se joue au Mali ces jours-ci n’est pas un problème lointain. Les corridors commerciaux qui alimentent Bamako traversent notre territoire. Les groupes qui assiègent la capitale malienne sont les mêmes qui ont attaqué Kafolo en 2020, les mêmes dont le verdict a été rendu lundi à Abidjan. La frontière entre la crise sahélienne et la stabilité côtière n’a jamais été aussi fine qu’en ce mois d’avril 2026.
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