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Par 37 voix pour et zéro contre, le Parlement ivoirien a adopté à l’unanimité le projet de loi relatif à la biologie médicale. Ce vote sans voix dissidente dit quelque chose sur l’évidence de la réforme : tout le monde savait depuis longtemps que ce cadre manquait. La question n’était pas de savoir si la loi était nécessaire. Elle était de savoir quand elle viendrait.
Elle vient en mai 2026, dix ans après une évaluation de l’Organisation mondiale de la santé qui avait documenté avec précision les insuffisances du système national des laboratoires : absence de cadre réglementaire spécifique, qualité des examens médicaux insuffisamment contrôlée, transferts de prélèvements biologiques vers l’étranger pour des analyses que la Côte d’Ivoire devrait pouvoir conduire sur son propre sol. Cette dépendance aux laboratoires étrangers pour des analyses spécialisées est à la fois un problème de souveraineté sanitaire, un coût supplémentaire pour les patients et un retard dans les diagnostics qui peut coûter des vies.
La loi adoptée ce 12 mai répond à ces lacunes avec méthode. Elle introduit des règles précises concernant l’ouverture, l’exploitation et le fonctionnement des laboratoires de biologie médicale. Elle encadre les professionnels du domaine, prévoit des inspections régulières, des mécanismes de contrôle qualité et des sanctions en cas de manquements. Elle impose surtout une obligation d’accréditation conforme à la norme ISO 15189, standard international de qualité et de compétence des laboratoires de biologie médicale, pour tous les établissements installés sur le territoire ivoirien.
Ce dernier point est central. La Côte d’Ivoire compte environ 300 laboratoires de biologie médicale, répartis entre secteur public et privé. Seule une minorité respecte actuellement les normes internationales d’accréditation. La loi crée donc une obligation de mise à niveau progressive dont les effets se mesureront dans la qualité des analyses disponibles aux patients, dans la réduction des erreurs de diagnostic et dans la capacité à traiter sur place des examens qui partaient jusqu’ici à l’étranger.
La création d’une direction dédiée aux laboratoires au sein du ministère de la Santé, annoncée lors des débats parlementaires, complète le dispositif en dotant le système d’un organe de supervision permanent. La forte concentration des laboratoires dans le district d’Abidjan, signalée par les députés lors des discussions, est l’autre défi que cette réforme doit contribuer à corriger en favorisant le développement des capacités diagnostiques dans les régions. Un patient de Korhogo ou de Daloa mérite le même accès à une analyse fiable qu’un patient du Plateau.
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