Par La Rédaction | Lementor.net
Ce mardi 1er septembre 2026, lors de la Journée nationale du Cacao et du Café, le Conseil du Café-Cacao a officiellement ouvert la campagne 2026-2027 et dévoilé les prix bord champ applicables aux planteurs ivoiriens. Comme anticipé par des sources citées par Reuters avant l’annonce officielle, la Côte d’Ivoire maintient son prix bord champ à un niveau réduit par rapport au pic historique de 2 800 FCFA le kilogramme de la campagne précédente. Cette décision dit la volonté du Conseil du Café-Cacao de recalibrer le prix garanti sur les réalités du marché mondial plutôt que de maintenir artificiellement un niveau qui avait produit des distorsions documentées tout au long de la campagne 2025-2026.
La campagne précédente avait débuté dans des conditions exceptionnelles. Le cacao avait dépassé les 10 000 dollars la tonne sur les marchés internationaux à l’automne 2025, poussé par une offre insuffisante liée aux mauvaises récoltes en Côte d’Ivoire et au Ghana en 2023 et 2024. Le prix bord champ fixé à 2 800 FCFA le kilogramme était le plus élevé de l’histoire de la filière ivoirienne. Mais les cours avaient ensuite corrigé brutalement au début de 2026 quand les récoltes de la saison intermédiaire sont revenues à des niveaux plus normaux. L’écart entre le prix garanti aux planteurs et les prix auxquels les exportateurs pouvaient vendre sur les marchés mondiaux devenus moins porteurs avait créé une paralysie partielle des exportations. Des stocks s’étaient accumulés dans les entrepôts des coopératives. Le Conseil du Café-Cacao avait dû lancer un programme exceptionnel de rachat de 100 000 tonnes pour 280 milliards de FCFA pour désengorger le marché. Cette crise avait dit la vulnérabilité d’un système de prix garanti qui ne peut pas rester déconnecté des cours mondiaux sans créer de distorsions préjudiciables à l’ensemble de la chaîne.
Le maintien du prix à un niveau réduit pour 2026-2027 dit que cette leçon a été entendue. Un prix bord champ calibré sur les cours mondiaux réels est plus soutenable pour les exportateurs et plus sécurisant pour les planteurs dans la durée. Pour les plus d’un million de planteurs ivoiriens dont les revenus dépendent directement de ce prix garanti, la Journée nationale du Cacao est le moment le plus attendu de l’année agricole. Le niveau réduit par rapport à 2025 dit que leurs revenus seront inférieurs au pic historique. Mais il dit aussi qu’ils seront plus stables, moins exposés aux distorsions que le pic de 2 800 FCFA avait produites en favorisant l’exportation illégale vers la Guinée documentée à hauteur de près de 100 000 tonnes et les demandes de rachat exceptionnel que le CCC ne peut pas sustenter indéfiniment.
L’ouverture de la campagne s’accompagne de plusieurs chantiers structurels que la Journée nationale du Cacao met en lumière. L’accélération de la distribution des cartes du producteur, instrument central de la traçabilité exigée par le Règlement européen sur la déforestation, reste le chantier le plus urgent. Le Système national de traçabilité café-cacao entré en vigueur ces dernières semaines doit être maîtrisé par tous les acteurs de la chaîne avant que les premiers acheteurs européens ne commencent à exiger des certifications qui conditionnent l’accès au marché. La lutte contre les exportations illégales vers la Guinée et les pratiques de fraude documentaires reste un défi opérationnel que ni le prix bord champ ni les cartes du producteur ne peuvent résoudre seuls. Et la question de la transformation locale, horizon de long terme de la souveraineté économique ivoirienne dans le cacao, avance mais reste loin d’un niveau qui permettrait de s’affranchir de la dépendance aux cours mondiaux des fèves brutes. Cette campagne 2026-2027 s’ouvre dans un environnement moins euphorique que la précédente. Elle est peut-être plus solide pour cela.
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