Par Bakary Cisse | Lementor.net
Il y a quinze ans, peu d’investisseurs internationaux auraient placé Abidjan en tête de leur liste. Le pays sortait à peine d’une décennie de crises successives. Aujourd’hui, le paysage a basculé. Selon le Global Investment Risk and Resilience Index 2026, la Côte d’Ivoire est le pays de l’UEMOA le moins risqué pour investir, se classant autour de la quatorzième place en Afrique et deuxième de la CEDEAO. Entre 2012 et 2019, le pays a enregistré l’une des croissances les plus rapides au monde, toutes catégories confondues, à l’exception de l’Éthiopie. Plus d’une décennie plus tard, cette dynamique ne s’est toujours pas essoufflée.
La croissance ivoirienne tient la distance. Le FMI table sur 6,3 % pour 2025, portée par la solidité des secteurs secondaire et tertiaire et par la hausse des revenus des ménages. Devant les opérateurs économiques réunis au sein de la CGECI, le ministre du Commerce Souleymane Diarrassouba a rappelé que le pays affichait une croissance moyenne de 6,5 % entre 2021 et 2025, avec un taux d’investissement désormais établi à 24 % du PIB. Le gouvernement vise même 6,7 % pour 2026. Avec un PIB qui doit franchir cette année la barre symbolique des 100 milliards de dollars, la Côte d’Ivoire pèse à elle seule près de 40 % du PIB de l’UEMOA, ce qui en fait de très loin la première économie de l’union monétaire.
La discipline macroéconomique est de plus en plus saluée par les agences de notation. Moody’s a relevé la note souveraine du pays à Ba2 en 2024, S&P l’a portée à BB la même année, et Fitch l’a maintenue à BB- avec une perspective stable en 2025. Peu de pays de la sous-région peuvent revendiquer ce triple signal simultanément. La dette publique, qui avait grimpé jusqu’à 59 % du PIB en 2024, est désormais sur une pente descendante, avec un objectif de convergence vers 53 % d’ici 2028. Le déficit budgétaire doit redescendre à 3 % du PIB dès 2025, conformément au critère de convergence de l’UEMOA. L’inflation devrait tomber aux alentours de 1 % en 2025 selon le FMI, le ministre de l’Économie Adama Coulibaly évoquant une cible de 1,5 % pour 2026, l’une des plus basses d’Afrique de l’Ouest. Sur les marchés financiers, le Trésor ivoirien a mobilisé l’an dernier plus de 3 580 milliards de FCFA sur le marché régional, dépassant largement son objectif initial, tout en diversifiant ses instruments entre eurobond classique, eurobond en monnaie locale et Samouraï bond.
Au-delà des agrégats macroéconomiques, il y a la géographie, qui ne s’use pas. Le port d’Abidjan reste l’un des plus performants d’Afrique de l’Ouest. La Côte d’Ivoire conserve un accès direct aux quelque 410 millions de consommateurs de la CEDEAO, ainsi qu’à la Zone de libre-échange continentale africaine et ses plus d’1,2 milliard de personnes. Pour un investisseur en quête d’une base régionale plutôt que d’un marché unique, peu de capitales ouest-africaines offrent une combinaison aussi complète de logistique portuaire, de connectivité aérienne et de centralité géographique.
Le climat des affaires se professionnalise. Le nouveau code des investissements a introduit des exonérations fiscales et douanières substantielles pour les projets productifs, innovants ou verts. Le guichet unique du CEPICI continue de simplifier des démarches qui, il y a dix ans encore, décourageaient nombre de porteurs de projets. Cette professionnalisation tombe à point nommé. Le Plan national de développement 2026-2030 mobilise plus de 114 800 milliards de FCFA sur cinq ans, et l’État ivoirien en attend l’essentiel, environ 80 600 milliards de FCFA, directement du secteur privé. Ce plan ne peut tout simplement pas se réaliser sans les investisseurs qu’il courtise.
L’économie se diversifie loin du seul cacao. La Côte d’Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao avec environ 40 % du marché, et de noix de cajou avec une part avoisinant également les 40 %. Mais l’économie ne se résume plus à ces deux filières. Les hydrocarbures montent en puissance avec la mise en production du champ pétrolier offshore Baleine. L’or et les minerais stratégiques attirent un nombre croissant de groupes miniers. Les grands chantiers d’infrastructure, métro d’Abidjan, autoroutes, électrification qui dépasse désormais 73 % d’accès national, redessinent le paysage économique chantier après chantier. La fintech, le tourisme et le numérique complètent un tableau sectoriel nettement plus diversifié qu’il y a dix ans.
Les capitaux votent déjà avec leurs pieds. Selon le dernier rapport de la CNUCED, les flux d’IDE vers la Côte d’Ivoire ont bondi de 34 % en 2024 pour atteindre 3,8 milliards de dollars, plaçant le pays au troisième rang africain derrière l’Égypte et l’Éthiopie mais devant l’Afrique du Sud. Le pays concentre à lui seul environ 30 % du stock total d’IDE de l’UEMOA. L’Africa Risk-Reward Index place la Côte d’Ivoire au troisième rang continental pour le rapport entre rendement et risque, juste derrière le Maroc et Maurice.
Plus de 70 % de la population a moins de 35 ans. C’est à la fois une promesse et un défi. Une main-d’œuvre abondante ne vaut que si elle est formée, et le gouvernement en a fait l’un des piliers du PND 2026-2030.
Aucune destination d’investissement n’est sans zones d’ombre. La dépendance persistante au cacao expose le pays aux cycles des cours mondiaux. La pression démographique, avec une population qui devrait avoisiner 35 millions d’habitants dès 2030, appellera des créations d’emplois massives. L’instabilité régionale dans la bande sahélienne reste un facteur que les investisseurs surveillent de près, même si la Côte d’Ivoire en demeure aujourd’hui relativement préservée. La dette, bien qu’engagée sur une trajectoire descendante, continuera d’exiger une gestion rigoureuse. Ce sont précisément ces équilibres tenus, plutôt que l’absence de risques, qui expliquent le classement favorable du pays dans les principaux indices internationaux.
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