Par la rédaction | Lementor.net
La Haute Cour du Kenya a confirmé la destitution du vice-président Rigathi Gachagua. Cette décision judiciaire, rendue dans un pays qui reste l’une des démocraties les plus institutionnalisées d’Afrique subsaharienne, mérite attention non pas pour ses seuls enjeux kenyans mais pour ce qu’elle dit du rapport entre le droit, le pouvoir et les institutions sur le continent africain.
Rigathi Gachagua avait été destitué par le Parlement kenyan en octobre 2024, dans une procédure d’impeachment qui avait stupéfié même les observateurs les plus familiers de la politique kenyane. Vice-président depuis 2022 aux côtés de William Ruto, il avait accumulé les tensions avec le président : désaccords publics sur la gestion des protestations populaires du mouvement Gen Z qui avait secoué le Kenya en juin et juillet 2024, divergences sur la composition du cabinet, accusations croisées de trahison politique. Le Parlement avait voté sa destitution par une majorité confortable, ouvrant une crise constitutionnelle dont la résolution judiciaire était attendue.
La confirmation de cette destitution par la Haute Cour dit plusieurs choses importantes. La première est que le Kenya dispose d’institutions judiciaires suffisamment indépendantes pour rendre des décisions sur des litiges politiques majeurs sans que le résultat soit dicté à l’avance par la volonté de l’exécutif. Ce n’est pas rien dans une Afrique subsaharienne où les cours constitutionnelles et suprêmes sont trop souvent perçues comme des instruments au service du pouvoir en place. La deuxième est que le mécanisme de l’impeachment fonctionne au Kenya comme un outil constitutionnel réel, activable par le Parlement, validable par la justice, applicable même contre la deuxième personnalité de l’État. La troisième est que les crises au sommet du pouvoir kenyanes, aussi violentes soient-elles sur le plan politique, trouvent une résolution institutionnelle plutôt qu’une résolution militaire ou violente.
Ce contraste mérite d’être souligné dans le contexte africain actuel. Au Burkina Faso, au Mali, au Niger et en Guinée-Bissau, les crises au sommet du pouvoir se règlent par des coups d’État. Au Kenya, elles se règlent devant la Haute Cour. Ce n’est pas une question de morale politique comparée. C’est une question d’institutions. Et les institutions prennent des décennies à construire mais peuvent être détruites en quelques heures par un général impatient qui décide que son bataillon lui suffit pour gouverner.
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