Par la rédaction | Lementor.net
Il y a un paradoxe qui définit la situation politique de Tidjane Thiam depuis son élection à la présidence du PDCI-RDA en janvier 2024. Il est le premier président de l’opposition ivoirienne par son rang institutionnel, son réseau international et son capital symbolique. Et il est absent. Pas absent de la conversation politique, où son nom revient constamment. Absent physiquement, concrètement, du territoire de la Côte d’Ivoire.
Sa réinstallation à Abidjan est régulièrement évoquée, annoncée comme imminente, puis reportée. La raison officielle du côté des autorités ivoiriennes est claire : rien ne s’oppose formellement au retour de Tidjane Thiam. Il n’est frappé par aucun mandat d’arrêt, il n’est sous le coup d’aucune condamnation pénale définitive. Le gouvernement répète que la porte est ouverte. La raison officieuse du côté du PDCI est tout aussi claire : le parti craint des poursuites judiciaires dès que son président posera le pied sur le sol ivoirien. L’histoire politique ivoirienne de ces vingt dernières années a produit suffisamment d’exemples de personnalités rentrées en pensant que leurs garanties informelles avaient de la valeur pour que la méfiance du PDCI soit parfaitement compréhensible.
Tidjane Thiam a dirigé Crédit Suisse, l’une des plus grandes banques mondiales, pendant cinq ans. Il a été le premier Africain noir à diriger une banque d’investissement de cette envergure. Son réseau dans les milieux d’affaires internationaux, les institutions financières mondiales et les chancelleries occidentales est d’une qualité exceptionnelle. Il est arrivé à la présidence du PDCI avec la promesse implicite qu’il serait un candidat présidentiel de premier plan, capable d’aller chercher le vote des Ivoiriens de la diaspora, des classes moyennes urbaines et des électeurs déçus du RHDP qui cherchaient une alternative crédible. Sa candidature a été invalidée par le Conseil constitutionnel avant la présidentielle d’octobre 2025. Et depuis, il attend.
Cette attente a un coût politique réel pour le PDCI. Un parti dont le président n’est pas sur le terrain ne peut pas faire campagne efficacement, ne peut pas rencontrer les militants dans les régions, ne peut pas construire les réseaux locaux qui font la différence dans une élection nationale. Le PDCI de Tidjane Thiam, parti historique qui a gouverné la Côte d’Ivoire pendant quarante ans, risque de se transformer en une plateforme de communication internationale sans ancrage territorial si cette situation se prolonge. Ses élus locaux travaillent, ses cadres s’organisent, mais sans la présence physique du leader, le parti tourne au ralenti.
Ce qui est frappant dans le discours des autorités ivoiriennes sur ce dossier, c’est son ambiguïté calculée. On dit que rien ne s’oppose au retour mais on ne donne aucune garantie formelle et écrite. On dit que la justice est indépendante mais on ne précise pas ce que cette indépendance signifie concrètement pour un homme dont le parti a contesté l’élection présidentielle et dont les positions sont perçues par le RHDP comme une menace pour sa domination politique. Cette ambiguïté est peut-être involontaire. Elle est probablement stratégique. Et tant qu’elle persistera, Tidjane Thiam restera à l’étranger, et le PDCI restera un parti décapité.
À moins de quatre mois de l’AGE du RHDP prévue le 12 septembre 2026, l’absence de Tidjane Thiam dans le paysage politique ivoirien concret, sur le terrain, dans les médias locaux, dans les meetings régionaux, est un avantage politique pour le parti au pouvoir. Une opposition qui ne peut pas se rassembler physiquement autour de son leader est une opposition affaiblie. Et une démocratie dans laquelle le premier leader de l’opposition ne peut pas rentrer dans son propre pays sans craindre les conséquences est une démocratie dont la santé mérite qu’on s’inquiète.
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