CB | Lementor.net
Lundi 20 avril 2026 à Abidjan, la défense des 45 accusés poursuivis pour l’attentat de Kafolo a demandé l’acquittement de 35 d’entre eux, invoquant l’insuffisance des preuves matérielles. Six ans après les faits, ce procès hors norme marque une étape décisive dans la réponse judiciaire ivoirienne à la menace jihadiste.
Le 11 juin 2020, un commando affilié à la Katiba Macina, branche du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, lié à Al-Qaïda), avait attaqué un poste de contrôle à Kafolo, localité frontalière avec le Burkina Faso. Quatorze soldats ivoiriens avaient été tués, faisant de cette attaque l’une des plus meurtrières jamais perpétrées sur le sol ivoirien. Le dossier d’instruction a débouché sur le renvoi de 45 personnes devant le tribunal criminel d’Abidjan, dans un procès ouvert fin 2025.
Maître Mouhamed Lamine Koné, avocat commis d’office, a ouvert sa plaidoirie en rendant hommage aux victimes avant de contester la solidité juridique des charges. Sur les 35 acquittements réclamés, la défense argue que plusieurs prévenus ont été mis en cause uniquement sur la base de liens familiaux ou de proximité géographique avec des suspects, sans qu’aucun acte matériel ne leur soit directement imputé. Le cas du chef de la communauté peulh de Kafolo illustre cette ligne de défense : aucun rôle précis ne lui est reproché dans le dossier d’instruction, selon Me Koné.
Pour une partie des accusés restants, la défense ne plaide pas l’innocence mais la requalification. Les faits reprochés à ceux soupçonnés d’avoir facilité la fuite des assaillants devraient relever, selon elle, du recel de malfaiteurs et non du terrorisme, une distinction qui emporte des conséquences pénales considérables. Pour les dix accusés ayant reconnu leur implication devant le tribunal, la défense a plaidé des circonstances atténuantes, arguant d’une manipulation ou d’une influence extérieure, et appelé à des peines orientées vers la réinsertion.
Le parquet avait adopté une position nettement plus sévère lors de ses réquisitions, en requérant la réclusion à perpétuité contre cinq des accusés. L’écart entre les deux positions reflète la complexité de ce dossier : distinguer les combattants actifs des individus périphériques dans une zone sahélienne poreuse, où les réseaux familiaux, communautaires et jihadistes se superposent, constitue un défi probatoire majeur pour la justice ivoirienne.
Le verdict est attendu le lundi 27 avril 2026. Il sera scruté bien au-delà des frontières ivoiriennes. Depuis l’attentat de Kafolo, la Côte d’Ivoire a enregistré plusieurs autres incursions armées dans le nord du pays, poussant Abidjan à renforcer son dispositif militaire dans la région des Savanes. Ce jugement constituera un signal sur la capacité de l’État à répondre judiciairement à la menace terroriste, sans sacrifier les garanties fondamentales du procès équitable.
Leave a comment