La Rédaction | Lementor.net
La date est tombée ce jeudi. Le COSIM et le CODISS, les deux principales organisations islamiques de Côte d’Ivoire, ont confirmé ensemble que la Tabaski 2026, l’Aïd el-Kébir, sera célébrée le mercredi 27 mai. Six jours. Dans les marchés à bétail d’Abidjan, de Yamoussoukro, de Bouaké et de Korhogo, ce délai ressemble à un compte à rebours que beaucoup observent avec inquiétude.
La décision conjointe du COSIM et du CODISS a une valeur particulière cette année. Dans un contexte marqué par la suspension des exportations de bétail par le Burkina Faso, les deux instances ont choisi de se montrer unies sur la date et sur le message. Leurs responsables ont adressé des prières aux pèlerins ivoiriens actuellement à La Mecque pour le Hadj 2026, et ont appelé les populations à célébrer la fête dans un esprit de fraternité, de tolérance et de cohésion sociale. Des mots qui prennent une résonance particulière quand les prix des moutons ont augmenté de 10 à 15% par rapport à l’année dernière et que les familles les plus modestes calculent avec anxiété ce que va coûter le sacrifice.
Car la Tabaski n’est pas une fête comme les autres dans le calendrier ivoirien. Elle est l’une des deux grandes célébrations de l’islam, commémorant le sacrifice d’Ibrahim, cet acte de foi absolue devant lequel Dieu substitua un bélier à l’enfant. Pour des millions de familles musulmanes en Côte d’Ivoire, ne pas sacrifier ce jour-là n’est pas une option financière. C’est une obligation spirituelle qui pèse sur le budget des ménages bien avant que la date ne soit connue. Les pères de famille commencent à économiser des semaines à l’avance. Les commerçants de bétail s’organisent des mois avant. Et cette année, tous ces préparatifs se heurtent à une réalité de marché difficile.
La situation est connue. Le Burkina Faso, qui fournissait traditionnellement une part significative des ovins consommés en Côte d’Ivoire lors de la Tabaski, a suspendu ses exportations depuis le 11 mai. Le gouvernement ivoirien a réagi en mobilisant les imams pour orienter les fidèles vers le bétail local, plus petit mais disponible. Le Niger continue d’alimenter partiellement les marchés. Des caravanes de camions-citernes chargées d’animaux restent bloquées aux postes frontières depuis des jours, des bêtes mourant sous la chaleur faute de pouvoir avancer.
Dans ce contexte tendu, la confirmation de la date au 27 mai met les acteurs de la chaîne d’approvisionnement sous pression immédiate. Six jours pour que les marchés se constituent, que les prix se stabilisent, que les ménages trouvent leurs moutons à des tarifs qu’ils peuvent supporter. Les grossistes qui ont anticipé et importé leurs animaux avant la fermeture burkinabè sont en position de force. Les commerçants qui ont tardé devront payer le prix de l’urgence.
Le ministère des Ressources animales et halieutiques a annoncé des mesures d’accompagnement, sans que leur détail soit encore complètement connu. La Direction générale des Services vétérinaires a renforcé les contrôles sanitaires dans les marchés à bétail pour garantir la qualité des animaux mis en vente. Des points de vente officiels sont progressivement mis en place dans les grandes communes d’Abidjan pour offrir une alternative aux marchés informels.
Ce que les autorités ne peuvent pas contrôler, c’est la loi du marché. Quand l’offre diminue et que la demande reste massive et captive, les prix montent. Et quand les prix montent sur le marché du mouton de Tabaski, ce sont les familles les plus vulnérables qui en paient le prix. Celles qui ne peuvent pas reporter l’achat, qui ne peuvent pas se déplacer jusqu’à Yamoussoukro chercher un animal moins cher, qui n’ont pas les relations pour s’approvisionner directement auprès d’un éleveur.
La Tabaski aura lieu le 27 mai. Elle sera célébrée, comme chaque année, avec foi et ferveur. Mais pour nombre de ménages ivoiriens, la prière du matin sera précédée d’une nuit de calculs.
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