La rédaction | Lementor.net
Ce qui s’est passé au Mali ce samedi 25 avril 2026 n’est pas un incident de plus dans une longue série d’attaques jihadistes. C’est un tournant. Une offensive d’une ampleur sans précédent depuis 2012, l’année où le Mali avait perdu la moitié de son territoire, a été lancée simultanément dans six villes du pays, dont la capitale Bamako. Pour comprendre ce qui se passe, il faut tout mettre à plat : les faits du jour, le contexte qui les a rendus possibles, les acteurs qui les ont exécutés et les questions que cette journée pose à l’avenir du Mali.
Ce qui s’est passé le 25 avril
À 6 heures du matin, heure de Bamako, deux explosions puissantes et des tirs nourris ont retenti près du camp militaire de Kati, à 15 kilomètres au nord de Bamako. Kati n’est pas n’importe quel endroit. C’est le fief de la junte, l’endroit où réside le Général Assimi Goïta, chef de la transition malienne. Dans les minutes qui ont suivi, des détonations et des échanges de tirs ont été signalés simultanément dans cinq autres localités : Bamako même, aux abords de l’aéroport international Modibo Keïta et de la base militaire 101 de Senou, Gao la grande ville du Nord, Kidal plus au nord encore, Sévaré au Centre, et Mopti. Six villes en même temps, à la même heure. La coordination était manifeste, préparée, exécutée avec une précision militaire que les Forces armées maliennes n’avaient pas anticipée.
Des vidéos filmées par le journaliste de France 24 Wassim Nasr et publiées en temps réel ont montré des membres du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, le JNIM, branche régionale d’Al-Qaïda au Sahel, pénétrant dans les rues de Bamako et de Kati. Ce sont les premières images de jihadistes opérant dans la capitale malienne depuis 2012. La résidence du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, à Kati, a été détruite par une explosion massive. Des rumeurs sur son état de santé ont circulé toute la matinée avant que son entourage ne dément qu’il ait été blessé, affirmant qu’il se trouvait hors de son domicile au moment des faits. Un hélicoptère militaire malien a été abattu à Gao.
À Kidal, dans le Nord, la situation a pris une dimension supplémentaire. Le Front de libération de l’Azawad, alliance rebelle à dominante touarègue connue sous le sigle FLA, a revendiqué avoir pris le contrôle de la ville. Son porte-parole Mohamed Elmaouloud Ramadane a déclaré à l’AFP que ses troupes contrôlaient l’essentiel de Kidal et que le gouverneur de la ville s’était réfugié avec ses éléments dans l’ancien camp de la MINUSMA, la mission des Nations unies fermée fin 2023. Kidal était depuis novembre 2023 sous contrôle de l’armée malienne et de ses supplétifs russes d’Africa Corps, après une opération militaire présentée à l’époque comme une victoire historique par la junte. Cette victoire a duré dix-huit mois.
À la mi-journée, des hélicoptères militaires maliens effectuaient encore des frappes au-dessus de Bamako et de ses environs. Les rues de la capitale étaient désertes. L’ambassade des États-Unis a conseillé à ses ressortissants de rester confinés chez eux. L’ONU a émis une note de sécurité évoquant des attaques complexes simultanées dans Kati, près de l’aéroport de Bamako, et dans plusieurs villes de l’intérieur. L’Union africaine a condamné les attaques. L’État-major des Forces armées maliennes a publié deux communiqués successifs : le premier reconnaissant les attaques, le second affirmant que la situation était sous contrôle et que plusieurs terroristes avaient été neutralisés. Mais les tirs continuaient au moment où ces communiqués étaient publiés.
Qui sont les auteurs de cette offensive
Deux organisations ont opéré ce 25 avril, dans une coordination que les experts décrivent comme inédite. Le JNIM d’abord, Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin en arabe, né en 2017 de la fusion de plusieurs groupes jihadistes sahéliens sous l’égide d’Al-Qaïda. Le JNIM est depuis plusieurs années la principale force armée non étatique au Mali. Il contrôle de vastes zones rurales dans le Nord et le Centre, impose des taxes aux populations, ferme les écoles, exécute les récalcitrants, et pratique le recrutement forcé dans les communautés peulhes. Depuis début 2026, il avait imposé un blocus sur les axes d’approvisionnement en carburant vers Bamako, démontrant sa capacité à paralyser l’économie de la capitale sans même combattre. L’offensive du 25 avril marque un changement de doctrine : le JNIM passe du contrôle territorial rural à l’attaque directe des centres urbains et des symboles du pouvoir.
Le FLA ensuite, Front de libération de l’Azawad, successeur d’une longue lignée de mouvements indépendantistes touaregs qui réclament depuis les années soixante l’autonomie ou l’indépendance du Nord-Mali. Le FLA avait perdu Kidal en novembre 2023 face à l’offensive de l’armée malienne appuyée par Africa Corps. Il avait depuis reconstitué ses forces depuis ses bases au Niger et en Algérie. Ce 25 avril, il est de retour à Kidal. L’analyste Thomas Van Linge, spécialiste indépendant des conflits sahéliens, a publié ce jour une carte datant de septembre 2025 montrant l’étendue de la présence jihadiste et rebelle à travers le Mali, le Burkina Faso et le Niger, soulignant que cette offensive n’est pas une surprise mais l’aboutissement d’une progression documentée depuis des mois.
Ce qui est nouveau et particulièrement inquiétant, c’est la convergence opérationnelle entre le JNIM et le FLA. Ces deux organisations avaient des agendas distincts : jihadisme transnational pour le premier, nationalisme touareg pour le second. Leur présence simultanée sur les mêmes terrains de combat le 25 avril, que le correspondant de France 24 Serge Daniel a décrite comme un fonctionnement en synergie avec des passerelles entre les deux groupes, représente une évolution stratégique majeure qui change la nature de la menace.
Le contexte : cinq ans de promesses non tenues
Pour comprendre comment le Mali en est arrivé là, il faut revenir au point de départ. Le 18 août 2020, le Colonel Assimi Goïta renversait Ibrahim Boubacar Keïta au nom de l’échec sécuritaire et de la mauvaise gouvernance. Neuf mois plus tard, en mai 2021, il renversait le gouvernement de transition civil qu’il avait lui-même installé, s’octroyant le titre de président de la transition. En novembre 2021, il expulsait les forces françaises de l’opération Barkhane, en accusa Paris d’abandon et d’ingérence. En 2022, il accueillait les mercenaires russes du groupe Wagner, rebaptisé depuis Africa Corps, placé sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense. En 2023, il obtenait la fermeture de la MINUSMA, mission onusienne de maintien de la paix déployée depuis 2013. En juillet 2025, une transition politique interne lui accordait un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable sans élection, aussi de nombreuses fois que nécessaire.
Aucune de ces décisions n’a amélioré la situation sécuritaire. Au contraire. En septembre 2024, sept mois avant l’offensive du 25 avril, le JNIM frappait l’aéroport militaire de Bamako et l’école de gendarmerie dans une double attaque faisant plus de 70 morts selon des sources sécuritaires. Cette attaque aurait dû être le signal d’alarme. Elle n’a pas produit de changement de stratégie visible. Le blocus sur les axes d’approvisionnement en carburant imposé par le JNIM début 2026 a étranglé l’économie de Bamako pendant des semaines sans que l’armée ne parvienne à le lever durablement. Africa Corps, dont la présence a coûté des centaines de millions de dollars et la souveraineté diplomatique du Mali, a ralenti ses opérations depuis que Wagner est devenu une structure directement intégrée au commandement militaire russe, dont les priorités géographiques sont ailleurs.
L’analyste Charlie Werb, du cabinet Aldebaran Threat Consultants, a résumé la situation avec une clarté brutale : nous faisons face à une vaste offensive coordonnée dans tout le pays à un niveau inédit depuis 2012, lorsque le gouvernement a perdu la moitié du pays. Il y a eu de graves défaillances de sécurité à Bamako.
Ce que cette journée change
Le 25 avril 2026 change plusieurs paramètres fondamentaux de la crise malienne. Il démontre d’abord que le JNIM a la capacité de frapper Bamako, non plus en périphérie comme en septembre 2024, mais dans ses quartiers centraux et ses installations militaires les plus stratégiques. Il démontre ensuite que le FLA a reconstitué sa force combattante et repris Kidal en une seule journée, effaçant la victoire militaire la plus symbolique de la junte. Il démontre enfin que la coordination entre jihadistes et rebelles touaregs crée une menace combinée que ni l’armée malienne ni ses partenaires russes ne sont en mesure de contenir avec leur doctrine actuelle.
Pour Assimi Goïta et la junte, cette journée est existentiellement difficile. La légitimité du pouvoir militaire au Mali reposait sur une promesse de sécurité. Cette promesse est désormais démentie dans les rues mêmes de la capitale. Le sort du ministre de la Défense, dont la résidence a été détruite, reste sujet à spéculations. L’Union africaine, la CEDEAO et la communauté internationale observent. Et les forces politiques et civiles maliennes, réduites au silence depuis cinq ans, regardent ce qui se passe avec une attention particulière.
La situation au Mali ce 26 avril 2026 reste extrêmement évolutive. Les combats n’ont pas cessé dans toutes les zones au moment de la publication de cet article. Les bilans officiels n’ont pas encore été publiés. La question de savoir si l’armée malienne et Africa Corps parviendront à reprendre le contrôle total dans les prochaines heures ou les prochains jours est ouverte. Ce qui est fermé en revanche, c’est toute possibilité de nier que le Mali traverse la crise sécuritaire la plus grave de son histoire récente.
Note de la rédaction — 25 avril 2026
Cet article est en cours de mise à jour. Aucun bilan officiel n’a encore été publié. Le Général Assimi Goïta n’a fait aucune déclaration publique depuis le début des attaques. La situation reste évolutive. lementor.net suit en temps réel.
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