La rédaction | Lementor.net
À l’Assemblée nationale ivoirienne issue des législatives de décembre 2025, un homme a réussi un pari que peu croyaient possible : se faire élire seul, contre son parti, et peser malgré tout dans le jeu parlementaire. Cet homme, c’est Stéphane Aymar Kipré, 44 ans, député de la circonscription de Gboguhé-Zaïbo, dans le Haut-Sassandra.
Son parcours mérite d’être raconté. Economiste de formation, Kipré a été l’un des cadres montants du PPA-CI, le parti de Laurent Gbagbo. Vice-président du parti, il était une figure identifiée de l’opposition. En novembre 2025, à l’approche des législatives, il décide de se présenter comme candidat indépendant dans sa circonscription, bravant le mot d’ordre de boycott imposé par Gbagbo. Le 19 novembre 2025, le PPA-CI le révoque avec 21 autres cadres. Il publie un message mesuré : il assume sa candidature, dit accepter la décision du parti, et affirme demeurer militant du PPA-CI dans l’âme. Le Conseil constitutionnel rejette la contestation déposée contre lui le 27 novembre 2025. Il est élu le 27 décembre avec 5 651 voix, soit 43% des suffrages, devant le candidat du RHDP.
Arrivé à l’Assemblée nationale, Kipré ne s’isole pas. En janvier 2026, il structure autour de lui un groupe parlementaire dénommé AGIR, officiellement lancé le 12 février 2026. Le groupe compte huit membres, le minimum requis par le règlement intérieur. La présidence formelle est confiée à Houra Kouassi Marc, député de Bouaflé, mais toutes les sources parlementaires s’accordent à dire que c’est Kipré qui en est l’architecte et la force motrice. AGIR constitue le quatrième groupe parlementaire de l’Assemblée, aux côtés du RHDP, du PDCI et du PPA-CI. Petit en nombre, il n’en est pas moins stratégique : il offre à des élus indépendants, souvent marginalisés, un espace de prise de parole collective et de contrôle de l’action gouvernementale.
Sur le terrain, Kipré a posé des actes qui ont frappé les esprits. En mars 2026, lors de sa tournée de remerciements dans la circonscription, il a remis aux populations de Gboguhé l’intégralité de sa prime d’installation parlementaire, soit 10 millions de FCFA. Au parlement, il siège à la Commission des affaires économiques et financières et dit avoir découvert, avec humilité, la densité du travail législatif qu’il avait jadis critiqué depuis l’extérieur.
La question de fond reste ouverte : que veut vraiment Stéphane Kipré ? Le 28 mars 2026, lors d’un rassemblement public à Gboguhé, il a publiquement demandé pardon à Laurent Gbagbo dans un discours chargé d’émotion, déclarant : je suis couché à ta porte, j’attends que tu ouvres pour que je rentre. La main tendue à son ancien mentor politique laisse entendre qu’AGIR pourrait n’être qu’une étape transitoire, un tremplin pour une réintégration future au PPA-CI ou une construction autonome. Dans les deux cas, un député PDCI a déjà rejoint son groupe. D’autres pourraient suivre. Dans un Parlement à 90% dominé par le RHDP, tout espace d’opposition structuré compte.
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