La rédaction | Lementor.net
Le 24 avril 2016, à 5h00 du matin, Papa Wemba est monté sur la scène du FEMUA d’Anoumabo. C’était le dernier show d’Abidjan de cette édition. La foule était là, épuisée et électrique à la fois. Vingt minutes plus tard, à 5h20, Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba s’effondrait. Arrêt cardiaque. 66 ans. Le roi de la Rumba est mort là où il aimait le plus être — devant son public, micro en main.
Dix ans ont passé. Et Abidjan a décidé que cette scène ne serait pas seulement un souvenir. Elle deviendrait un monument.
Le vendredi 24 avril 2026, à la place Anoumabo de Marcory, là où Papa Wemba a donné son dernier souffle, quelque chose d’inhabituel s’est produit dans une ville africaine. Une commune a rendu honneur à un artiste étranger avec la même solennité qu’elle réserverait à ses propres héros. Le maire Aby Raoul a élevé l’artiste congolais à la dignité de citoyen d’honneur et de Commandeur de l’ordre du mérite communal. Une rue d’Abidjan porte désormais son nom — l’avenue Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, tracée dans l’asphalte d’Anoumabo, à l’endroit précis où il a rendu l’âme. Les sapeurs conduits par le cardinal de la sape Ekumani ont défilé. Yolele, Maria Valencia, Show me the way ont résonné dans le quartier. La foule ondulait.
A’Salfo a raconté cette nuit-là avec la précision de quelqu’un qui n’a jamais cessé d’y repenser. « Pour ce dernier show d’Abidjan du FEMUA, il est monté sur scène à 5h00 du matin. À 5h20, il nous quittait. Ce fut un moment très douloureux. Il a laissé un gros héritage. Ne pas le célébrer serait un manque de respect. » L’homme qui a fondé le FEMUA a porté pendant dix ans le poids de cette nuit. Ce vendredi, il le déposait avec grâce.
L’ambassadeur de la RDC en Côte d’Ivoire Gilbert Naiya Nabina a retracé les 47 ans de carrière du roi de la Rumba devant une assistance qui n’avait pas besoin qu’on lui rappelle qui était Papa Wemba. À Abidjan, il n’y a pas eu besoin d’expliquer la légende. Il a suffi de la célébrer. Une délégation venue de Kinshasa avait fait le déplacement. À la même heure, au Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique centrale à Kinshasa, une conférence réunissait ceux qui l’avaient connu, chanté avec lui, appris de lui. Deux villes, deux continents, une seule mémoire.
Ce que cette journée dit de la Côte d’Ivoire est simple et beau. Abidjan n’oublie pas. Elle n’oublie pas ceux qui lui ont fait confiance, qui sont venus chanter chez elle, qui l’ont choisie comme scène au moment où leur voix était au sommet. Papa Wemba n’avait aucune obligation de finir sa vie artistique dans une commune d’Abidjan. Il y était parce que le FEMUA était une scène qui comptait, parce qu’Abidjan était une ville qui reconnaissait les grands. Et Abidjan, dix ans après, le reconnaît en retour.
Il marche maintenant à chaque pas posé sur son avenue. Le Roi de la Sape, le Vieux Bokul, le père de la Rumba moderne. Mort sur scène à 5h20 du matin à Anoumabo. Immortel depuis.
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