La rédaction | Lementor.net
Ce jeudi 30 avril 2026, à 10 heures GMT, la place d’armes du 34e bataillon du génie militaire de Bamako s’est remplie de milliers de visages fermés. Des parents, des amis, des officiers en tenue d’apparat, des officiels maliens et des représentants de pays voisins. Au centre, un cercueil recouvert du drapeau vert-jaune-rouge du Mali. Sur le tissu, une casquette militaire. Assimi Goïta, en tenue de combat, s’est incliné devant la dépouille. C’est tout ce qu’il pouvait faire.
Le général Sadio Camara avait 47 ans. Il est né en 1979 à Kati, cette ville-garnison qui est devenue à la fois son berceau et sa tombe. Il sort major de promotion de l’École militaire interarmes de Koulikoro. Officier de terrain dans le nord du Mali pendant les années les plus dures de la guerre, il s’impose progressivement dans les cercles de commandement avant de rejoindre la scène politique nationale après le coup d’État du 18 août 2020. Nommé ministre de la Défense en octobre 2020, écarté brièvement lors des turbulences internes de mai 2021, il revient plus fort et plus central que jamais dans le dispositif de la transition. L’homme que Goïta ne pouvait pas se permettre de perdre.
Ce qui fait de Sadio Camara une figure historique, c’est moins son grade que la décision qu’il a incarnée. C’est lui, plus que quiconque, qui a conduit le Mali vers Moscou. Sous son impulsion, le pays rompt avec les partenaires occidentaux, expulse les soldats français, ferme la porte à la MINUSMA, et ouvre les bras à l’Africa Corps. Ce repositionnement stratégique majeur, qui a redéfini l’équation sécuritaire de toute l’Afrique de l’Ouest, portait sa signature. Il croyait aux Russes. Il a construit sur ce pari une politique de défense nationale entière.
Les obsèques se sont déroulées sous une sécurité extraordinaire. Des check-points sur tous les axes menant au bataillon. Des barrages. Des fouilles. Un Mali qui enterre son ministre de la Défense comme il enterre un secret d’État, avec autant de précautions que de solennité. Les ministres de la Défense du Niger et du Burkina Faso, partenaires de l’AES, étaient présents. Ce sont les seuls représentants d’États voisins qui ont fait le déplacement. Les plus claires condamnations des attaques du 25 avril, a noté plus d’un observateur, sont venues non pas de ces alliés mais des adversaires géopolitiques de la junte.
Ce que la mort de Sadio Camara laisse comme héritage est une question ouverte que le Mali ne peut pas se permettre d’esquiver. Il était l’architecte de la stratégie militaire de la transition. Il était le lien vivant entre Bamako et Moscou. Avec lui disparaît une doctrine, une relation, un réseau. Son successeur, quel qu’il soit, devra décider s’il continue sur la même voie, la rectifie, ou en cherche une nouvelle. À un moment où l’Africa Corps négocie ses retraits plutôt que ses victoires, ce choix sera déterminant pour l’avenir du Mali.
Dans la rue malienne, le choc côtoie une lassitude profonde. Celle d’un pays qui n’en finit pas de payer le prix d’une guerre qu’il n’arrive pas à gagner.
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