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Il n’était pas dans la salle. Mais sa voix y était. Absent du premier congrès ordinaire du PPA-CI en raison de la perte de son statut de membre statutaire, le député Stéphane Kipré a choisi d’adresser une lettre ouverte aux congressistes. Un geste politique calculé qui dit l’essentiel sur l’état d’esprit d’un homme qui a quitté le groupe parlementaire PPA-CI pour créer AGIR à l’Assemblée nationale, qui a demandé pardon à Laurent Gbagbo à genoux devant ses militants de Gboguhé, et qui cherche aujourd’hui à réconcilier ses deux identités : celle du dissident assumé et celle du militant fidèle.
Le message de Kipré s’articule autour d’un mot central : dialogue. Dialogue pour la libération des militants détenus après les événements post-électoraux de 2025. Dialogue avec le pouvoir pour sortir d’une confrontation stérile qui a coûté aux militants du parti plusieurs mois d’incarcération et à la formation politique une défaite électorale douloureuse. Asseyons-nous et discutons, a-t-il plaidé. La formule est simple. Elle est aussi politiquement courageuse dans un parti dont la culture interne valorise davantage la résistance frontale que la négociation.
Sur la restructuration, Kipré est précis et sans complaisance envers son propre camp. Le PPA-CI doit retourner à la base, renforcer ses structures et moderniser son action. Il pointe le déficit de communication numérique dans un pays où plus de 70% de la population a moins de 35 ans et consomme l’information sur les réseaux sociaux. Il reconnaît que le combat contre le quatrième mandat d’Alassane Ouattara, qu’il juge légitime dans son principe, n’a pas produit les résultats espérés. Cette autocritique publique est rare dans le microcosme politique ivoirien. Elle est aussi un signal adressé à la direction du parti : avant de repartir au combat, il faut comprendre pourquoi le dernier n’a pas abouti.
Sur Laurent Gbagbo, Kipré reste sans ambiguïté. Il le décrit comme le leader incontesté du parti et de la gauche ivoirienne et soutient explicitement le principe d’une autorité morale conférée à l’ancien chef de l’État tout en élisant un président exécutif issu du congrès. Cette double architecture, Gbagbo garant de la vision et un président opérationnel aux manettes, est exactement ce que le Comité central du PPA-CI proposait. Kipré la valide depuis l’extérieur, renforçant ainsi la légitimité d’une réforme interne qui avait besoin d’être approuvée par les profils les moins orthodoxes.
L’adversaire n’est pas en interne. L’adversaire est en face. Cette phrase de conclusion résume le cœur du message : le PPA-CI ne peut pas continuer à se battre contre lui-même pendant que le RHDP consolide son hégémonie. Kipré l’a dit à Gboguhé. Il le redit au congrès. Le message commence à être entendu.
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