Demain dimanche 14 juin 2026, à 23 heures GMT, 19 heures heure locale à Philadelphie, les Éléphants de Côte d’Ivoire fouleront la pelouse du Lincoln Financial Field pour leur premier match de Coupe du monde depuis douze ans. En face, l’Équateur. Dans les tribunes, une partie de la diaspora ivoirienne établie aux États-Unis. Et dans tous les foyers, tous les maquis, tous les espaces collectifs d’Abidjan et des villes de l’intérieur, des millions d’Ivoiriens debout, les yeux rivés sur leurs écrans, attendant ce moment depuis 2014.
Douze ans. C’est une éternité dans l’histoire d’un pays de football. La Côte d’Ivoire avait quitté le Brésil en 2014 sur une élimination en phase de groupes, malgré un groupe abordable incluant la Colombie, la Grèce et le Japon, et une équipe qui comptait parmi ses rangs certains des meilleurs joueurs africains de leur génération. Cette sortie prématurée avait laissé un goût particulièrement amer, celui d’une génération dorée qui s’en allait sans avoir jamais réalisé sur la scène mondiale le potentiel que tout le monde lui reconnaissait. Drogba, Yaya Touré, Kolo Touré, Eboué : une page s’était tournée au Brésil, et la reconstruction avait pris le temps qu’il fallait.
Ce que les Éléphants d’Emerse Faé représentent demain soir est donc une chose rare dans le football : une deuxième chance. Pas la deuxième chance des mêmes joueurs, mais celle d’un pays entier qui recommence à croire que la Coupe du monde peut lui appartenir. Et les signaux envoyés depuis le début de la préparation sont tout sauf anecdotiques. Une qualification invaincue avec 26 points, meilleure différence de buts de toutes les équipes africaines. Une victoire quatre buts à zéro contre la Corée du Sud à Londres. Une domination face à l’Écosse. Et surtout, le 4 juin, ce deux buts à un contre la France à Nantes qui a fait le tour du monde et envoyé un message clair à toutes les équipes du groupe E et au-delà : ces Éléphants-là ne viennent pas faire de la figuration.
L’Équateur n’est pas un adversaire à prendre à la légère. La Tri a terminé quatrième des qualifications sud-américaines, devant l’Uruguay et le Paraguay, sous la direction de l’Argentin Sebastián Beccacece nommé en août 2024. Elle affiche un bilan remarquable en qualifications avec huit victoires, huit nuls et seulement deux défaites, et une organisation collective bien huilée articulée autour d’un pressing haut et d’une intensité physique constante. Piero Hincapie d’Arsenal, Willian Pacho du PSG et Pervis Estupiñán d’AC Milan forment une ligne défensive de haut niveau européen. Et Enner Valencia, capitaine et meilleur buteur de l’histoire de la sélection équatorienne, reste à trente-quatre ans un joueur capable de faire la différence à lui seul dans les grands moments.
Emerse Faé le sait. Il a passé les dernières semaines à décortiquer l’Équateur, à préparer ses joueurs aux transitions rapides de la Tri, à travailler les duels aériens sur les phases de jeu arrêtées. Son dernier match de préparation contre Philadelphia Union II, remporté avec des buts d’Evann Guessand et du jeune Ange-Yoan Bonny qui a marqué son premier but en sélection, lui a permis de donner du temps de jeu à l’ensemble de son groupe. Chaque joueur est prêt. Chaque joueur sait ce qu’il a à faire.
Ce qui se joue demain à Philadelphie dépasse le résultat sportif immédiat. C’est la réconciliation d’un pays avec une compétition qui lui a trop souvent refusé ce qu’il méritait. C’est la démonstration qu’une génération construite patiemment, sans les noms qui font les unes des magazines sportifs mais avec les fondations qui font les grands tournois, peut rivaliser avec n’importe qui. C’est Guéla Doué, formé à Rennes, qui marque en France contre les Bleus. C’est Amad Diallo, formé à Manchester, qui conclut le but de la victoire. C’est Nicolas Pépé, que l’on croyait fini, qui ressort de sa carrière mitigée à Arsenal pour retrouver son meilleur niveau sous le maillot orange. C’est Emerse Faé qui n’a pas eu besoin de crier pour que tout le monde l’entende.
Demain soir, à 23 heures GMT, l’Afrique tout entière regardera Abidjan regarder Philadelphie. Et les Éléphants, portés par douze ans d’attente, auront la responsabilité de commencer à écrire la suite d’une histoire qui mérite enfin un autre dénouement.
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