Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a plusieurs façons de gérer l’absence. On peut l’accepter, se taire et attendre. On peut la nier et prétendre qu’elle ne change rien. Ou on peut, comme vient de le faire le PPA-CI, la transformer en stratégie. La décision signée par Laurent Gbagbo créant un Observatoire des décisions parlementaires dit que le parti de l’ancien président a choisi la troisième voie.
Le contexte est celui d’un choix politique qui a eu des conséquences lourdes. Lors des élections législatives de décembre 2025, le PPA-CI a décidé de ne pas participer, arguant d’un processus électoral qu’il jugeait insuffisamment transparent et équitable. Cette consigne de boycott, ajoutée à l’invalidation de la candidature de Gbagbo à la présidentielle d’octobre 2025, a conduit le parti à se retrouver sans aucun élu à l’Assemblée nationale. Le contraste avec la précédente législature est saisissant : en 2021, sous la bannière de la coalition EDS, dix-huit députés avaient rejoint les rangs du PPA-CI à sa création. Aujourd’hui, zéro. Ce vide parlementaire total est le prix politique du boycott.
Mais l’absence de représentants au Parlement ne signifie pas l’absence de militants, de sympathisants et de positions politiques sur les sujets que ce Parlement va traiter dans les prochaines années. La réforme électorale en cours, dont l’architecture tripartite proposée par le gouvernement fait l’objet d’une contestation unanime de l’opposition. Le budget de l’État 2027 qui traduira les priorités du PND 2026-2030 en lignes comptables. Les lois sociales, foncières et économiques qui affecteront directement la vie des Ivoiriens que le PPA-CI prétend représenter. Sur tous ces sujets, le parti de Gbagbo aura des positions. La question est de savoir comment les faire entendre sans tribune parlementaire.
L’Observatoire des décisions parlementaires est la réponse institutionnelle à cette question. Sa mission est précise : examiner les projets et propositions de loi déposés à l’Assemblée nationale, en expliquer les enjeux au public, évaluer leurs effets sur la société et l’économie, formuler des suggestions, des amendements et des propositions alternatives. En d’autres termes, faire le travail d’un groupe parlementaire depuis l’extérieur du Parlement. C’est une forme d’opposition parlementaire sans mandat électif, ce qui est constitutionnellement possible et politiquement légitime dans un système démocratique qui reconnaît le droit des partis non représentés à exprimer leurs positions sur les affaires publiques.
La composition de cet observatoire dit la sérieux de l’initiative. Sehi Gaspard, ancien député de Facobly, en assure la supervision générale. Ouraga Eugénie le secondera comme superviseure générale adjointe. Le secrétariat exécutif est confié à Michel Gbagbo, ancien député de Yopougon dont la connaissance des rouages parlementaires est directe et récente. L’équipe comprend également Akoun Laurent, Séa Gildas, Koné Boubakar, Ezan N’Guessan, Kouassi Dacoury et Hoba Anaclet, profils dont certains ont une expérience parlementaire ou juridique réelle. Le superviseur général rend compte directement au président du parti. La structure peut solliciter des experts extérieurs selon les dossiers. Cette architecture dit que l’Observatoire n’est pas un comité de façade mais un organe de travail doté d’une hiérarchie claire et d’une capacité d’analyse réelle.
Ce que cette initiative dit au fond sur le PPA-CI, c’est qu’il refuse de disparaître du débat public malgré ses revers électoraux successifs. L’invalidation de la candidature présidentielle de Gbagbo. Le boycott des législatives et l’absence totale de représentation parlementaire. Les tensions internes avec des cadres et députés sortants qui ont choisi de se présenter malgré la consigne. Ces épreuves auraient pu conduire un parti moins structuré à l’atonie ou à l’implosion. Le PPA-CI choisit au contraire de se doter d’un outil de veille législative, de réorganiser ses structures internes lors de son premier congrès ordinaire et de reconduire Gbagbo à sa tête avec une légitimité renouvelée.
La vraie question que pose cet Observatoire est celle de son efficacité réelle. Un organe qui analyse les lois sans avoir le droit de les amender, qui propose sans avoir le droit de voter, qui critique sans avoir le droit de bloquer : quelle influence peut-il exercer concrètement sur une Assemblée nationale où le RHDP dispose d’une majorité écrasante depuis décembre 2025 ? La réponse est que son influence ne sera pas parlementaire. Elle sera médiatique, citoyenne et politique. En produisant des analyses sérieuses sur les textes examinés, en expliquant à l’opinion publique les enjeux des lois votées, en formulant des contre-propositions documentées que les médias pourront reprendre et diffuser, l’Observatoire peut contribuer à nourrir un débat public qui ne se limite pas à l’enceinte du Parlement. Dans une démocratie, les lois ne se font pas seulement dans les hémicycles. Elles se font aussi dans les rédactions, les universités, les places publiques et les associations citoyennes qui informent et mobilisent l’opinion.
C’est ce rôle que le PPA-CI entend jouer. Sans bancs à l’Assemblée. Mais pas sans voix.
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