La Rédaction | Lementor.net
Macky Sall est arrivé à Dakar le vendredi 17 juillet 2026 à bord d’un jet privé posé à l’aéroport militaire Léopold-Sédar-Senghor vers 15 heures. Trois heures plus tard, il repartait. Aucun communiqué commun. Aucune photo officielle. Aucune déclaration de soutien. Juste quelques lignes de la RTS disant que Bassirou Diomaye Faye avait reçu son hôte avec courtoisie et que les deux hommes s’étaient quittés dans une ambiance cordiale. Ce silence dit autant que les mots qui auraient pu l’accompagner.
Ce dimanche 19 juillet, deux jours après la visite, le soutien officiel du Sénégal à la candidature onusienne de Macky Sall n’a toujours pas été annoncé. Ce délai dit quelque chose sur la complexité de l’arbitrage auquel Diomaye Faye est confronté. S’il soutient, il envoie un signal dévastateur aux collectifs de victimes des violences de 2021-2024 et à la base militante de PASTEF qui considèrent Macky Sall comme l’ennemi politique numéro un. S’il ne soutient pas, il rate l’opportunité d’avoir un Sénégalais à la tête de l’ONU et prive son pays d’un levier diplomatique considérable au moment précis où le Sénégal a besoin de tous ses atouts dans le système multilatéral.
Macky Sall est officiellement l’un des quatre candidats à la succession d’António Guterres dont le mandat se termine le 31 décembre 2026. Les autres candidats dont les noms circulent dans les couloirs onusiens viennent d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. L’Afrique réclame depuis des décennies que ce poste revienne au continent après les mandats de Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan. Si le Sénégal ne soutient pas son propre ancien président dans cette course, l’argument de la candidature africaine perd une grande partie de sa force symbolique.
Le problème de Macky Sall n’est pas seulement domestique. C’est aussi un problème de perception internationale que sa visite à Dakar a révélé plutôt que résolu. Sa candidature a été présentée non pas par son propre pays mais par le Burundi, qui assure la présidence tournante de l’Union africaine. Cette anomalie diplomatique dit que Macky Sall n’était pas le choix collectif et spontané du continent africain mais une ambition personnelle cherchant des parrainages après avoir essuyé des refus initiaux. Les grandes puissances du Conseil de sécurité qui devront valider le prochain Secrétaire général lisent ces signaux avec attention.
Les collectifs de victimes maintiennent leur opposition avec une constance qui dit qu’ils ne se laisseront pas marginaliser par le protocole diplomatique. Au moins 65 morts selon plusieurs organisations de la société civile sénégalaise lors des répressions de 2021 à 2024. Ces familles n’ont pas obtenu justice. Elles n’ont pas obtenu de reconnaissance officielle. Et voilà que l’homme qu’elles tiennent pour responsable de ces morts est reçu au palais présidentiel en candidat à la plus haute fonction internationale. Leur colère est légitime. Elle est documentée. Et elle sera présente dans chaque capitale où Macky Sall ira faire campagne, portée par des organisations de droits humains internationales dont les rapports circulent dans les couloirs onusiens avec la même efficacité qu’un communiqué diplomatique.
Ce que ce silence post-visite dit de Diomaye Faye lui-même est éclairant. Il a reçu Macky Sall parce que la raison d’État le commandait. Il n’a pas annoncé son soutien parce que le calcul politique est plus compliqué qu’il n’y paraît. Dans sa guerre institutionnelle contre Sonko qui contrôle l’Assemblée nationale avec 130 des 165 sièges, qui a vu sa révision constitutionnelle invalidée par le Conseil constitutionnel le 9 juillet et dont les militants désertent progressivement le parti, Diomaye ne peut pas se permettre d’aliéner davantage sa base en soutenant publiquement Macky Sall. Mais il ne peut pas non plus se permettre de refuser ce soutien sans paraître incapable de séparer la politique intérieure de la diplomatie internationale.
Ce dilemme de Diomaye dit quelque chose de plus profond sur l’état du Sénégal politique en ce mois de juillet 2026. Un pays dans lequel le président ne peut pas prendre une décision diplomatique de routine sans que ses implications politiques intérieures ne la paralysent est un pays dont les institutions sont fragilisées par une crise de gouvernance qui dépasse les personnes impliquées. La candidature onusienne de Macky Sall est devenue, malgré elle, un révélateur de toutes les fractures que la victoire éclatante de 2024 avait recouvertes sans les résoudre.
Macky Sall attend la réponse de Dakar. Les collectifs de victimes attendent la justice. Diomaye Faye attend de voir comment l’équation se résout. Et le Sénégal, qui se voulait la démocratie de référence d’Afrique de l’Ouest, attend de savoir s’il peut encore prendre des décisions d’État sans que chaque décision ne devienne une arme dans une guerre politique qui n’en finit pas.
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