Par La Rédaction | Lementor.net
Au Mali, six proches de l’ancien président de transition Bah N’Daw comparaissent depuis ce jeudi 17 juillet 2026 pour tentative de complot contre l’État. Parmi les accusés figure le colonel Kassoum Goïta, dont les déclarations à l’audience méritent d’être lues avec attention. Il ne se défend pas. Il accuse.
Kassoum Goïta, militaire de carrière qui faisait partie du premier cercle des officiers ayant participé au renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020, a choisi l’audience comme tribune pour dire ce qu’il sait sur les dirigeants actuels de la transition. En déballer ses vérités, selon la formule utilisée par plusieurs médias maliens pour décrire sa déposition. Ce choix dit quelque chose d’important sur l’état interne de la junte : des hommes qui ont renversé ensemble un président légitime en 2020, qui ont ensuite organisé un deuxième putsch en mai 2021 permettant à Assimi Goïta de supplanter Bah N’Daw, sont maintenant dans deux camps irréconciliables, l’un au pouvoir, l’autre au banc des accusés.
Ce procès s’inscrit dans une logique de répression systématique que la junte malienne a institutionnalisée depuis 2023. Abrogation de la loi sur les partis politiques en mai 2025. Dissolution des syndicats et associations civiles. Disparitions forcées documentées par Human Rights Watch. Et maintenant des officiers proches de l’ancien président de transition jugés pour complot. La qualification de complot contre l’État est, dans les régimes militaires, l’accusation passe-partout qui permet de neutraliser tout adversaire réel ou supposé sans avoir à démontrer un crime précis. Elle dit moins la réalité des faits reprochés que la volonté de la junte d’éliminer les foyers potentiels de contestation interne.
Ce qui donne un relief particulier à cette affaire, c’est son timing. La junte malienne est militairement sous pression maximale : les offensives du JNIM et du FLA du 25 avril et du 4 juillet ont démontré que ni les FAMa ni l’Africa Corps ne contrôlent réellement le nord du pays. Anéfis est disputée. La route entre Gao et Kidal est coupée. Un convoi de soixante véhicules n’a pas réussi à rejoindre sa destination sans être attaqué. Dans ce contexte de fragilité militaire, organiser un procès pour complot contre des officiers proches d’un ancien président dit que la junte craint autant ses ennemis intérieurs que ses ennemis extérieurs.
Les déclarations du colonel Kassoum Goïta à l’audience seront le vrai événement de ce procès. Si elles sont rendues publiques dans leur intégralité, elles constitueront le document le plus révélateur sur les fractures internes de la junte malienne que l’espace médiatique africain ait produit depuis le début de cette transition. Et dans un pays où la presse est muselée, où les organisations civiles sont dissoutes et où les partis politiques sont interdits, un prévenu qui parle à l’audience d’un tribunal est parfois la dernière voix libre qui dit ce que tout le monde sait mais que personne ne peut écrire.
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