Par La Rédaction | Lementor.net
Le PDCI-RDA a un problème qu’il appelle restructuration, que ses militants appellent crise et que les faits appellent par son vrai nom : un parti qui a perdu le tiers de ses sièges parlementaires en décembre 2025 et qui cherche, dans la discipline interne et la réorganisation des structures locales, une réponse à une question qui est fondamentalement politique.
Ce qui se passe à Tiassalé, dans la région de l’Agnéby-Tiassa, n’est pas un incident isolé. C’est un révélateur. Le coordonnateur général de la délégation communale, Alexis Amichia, a accordé un entretien au Nouveau Réveil dans lequel il annonce une nouvelle phase d’organisation, dénonce les comportements contraires aux règles du parti et, plus significativement, met en cause nommément une membre du Bureau politique national : Kassi Yaba Félicie. Il affirme qu’elle ne serait plus active au sein de la délégation de Tiassalé, qu’elle n’occuperait plus de responsabilité à la tête de l’Union des femmes du PDCI dans cette localité, et qu’il a saisi la direction nationale d’une demande de mesures disciplinaires.
Un coordonnateur local qui met publiquement en cause une membre du Bureau politique national dans un journal national n’est pas en train de gérer un problème disciplinaire ordinaire. Il est en train d’exprimer une frustration politique profonde sur les orientations et la gouvernance d’un parti dont il estime que la direction nationale ne contrôle plus suffisamment ses propres structures. Le fait qu’il n’ait pas détaillé les faits précis fondant ses accusations contre Kassi Yaba Félicie dit que la réalité est plus complexe qu’une simple affaire de discipline : dans les partis politiques ivoiriens, les conflits de personnes masquent souvent des conflits de ligne.
Le contexte dans lequel s’inscrivent ces tensions locales est celui d’un parti sous pression. Aux législatives de décembre 2025, le PDCI-RDA a obtenu 32 sièges contre une soixantaine lors de la précédente législature. Cette perte d’environ la moitié de sa représentation parlementaire est le résultat combiné de plusieurs facteurs : l’invalidation de la candidature de Tidjane Thiam à la présidentielle d’octobre 2025 qui a déstabilisé le parti au pire moment, les divisions internes sur la stratégie à adopter, et un RHDP qui a su profiter du désarroi de l’opposition pour asseoir sa domination électorale.
Le Réseau d’Entraide Militant du PDCI-RDA, dont la demande d’un congrès extraordinaire est symptomatique d’une base qui ne se reconnaît plus dans la direction actuelle, dit quelque chose que le porte-parole Brédoumy Soumaïla a eu raison de ne pas sous-estimer malgré ses déclarations rassurantes du 15 juillet. Affirmer que le parti demeure organisé et uni pendant que des militants organisés réclament un congrès extraordinaire et que des coordinateurs locaux sanctionnent publiquement des membres du Bureau politique, c’est confondre la communication de crise avec la gestion de crise.
L’absence prolongée de Tidjane Thiam, président du parti en exercice, reste le facteur aggravant de toutes ces tensions. Un parti politique qui traverse une période de difficultés électorales et de restructuration a besoin d’un leadership visible, présent et actif sur le terrain. La direction par procuration, depuis l’étranger où Thiam réside principalement, est un mode de gouvernance qui peut fonctionner dans les périodes calmes. Il est insuffisant dans les périodes de crise où les militants ont besoin de voir leur chef, de l’entendre, de le questionner et de recevoir de lui une direction claire.
Ce que Tiassalé dit au PDCI-RDA, c’est que la restructuration ne peut pas se limiter à la mise en place de nouvelles équipes dirigeantes et à des séances de remobilisation. Elle suppose une clarification politique sur la stratégie du parti face au RHDP dominant, sur ses positions dans la réforme électorale en cours, sur ses candidats et ses alliances pour les municipales de 2027, et sur la vision de son président pour le parti et pour la Côte d’Ivoire. Sans cette clarification, les structures locales continueront de se disputer dans le vide, les militants continueront de partir, et le PDCI-RDA continuera de perdre du terrain au profit d’un RHDP qui, lui, sait exactement ce qu’il veut et comment l’obtenir.
Leave a comment