La rédaction | Lementor.net
Le procureur de la République près le Tribunal militaire de Bamako a publié le 1er mai un communiqué qui change la nature de ce qu’on savait des attaques du 25 avril. Une enquête judiciaire est ouverte. Des arrestations ont été effectuées. Et les premières conclusions désignent des suspects dont les profils dessinent quelque chose de plus complexe qu’une simple offensive terroriste venue de l’extérieur.
Les faits reprochés sont clairs dans leur formulation. Les investigations auraient mis en évidence un faisceau d’indices concordants pointant vers l’implication de certains militaires, en activité ou radiés, dans la planification, la coordination et l’exécution des attaques. Parmi les noms cités figurent le sergent Diakaridia Sodio, l’adjudant Moussa Diane, l’adjudant-chef Mamadou Keïta, tous trois en service actif, ainsi que Soïba Diarra, militaire à la retraite. Un autre suspect, Alassane Diallo alias « Abedi », ancien militaire radié, aurait été tué lors des affrontements à Kati.
Le nom qui retiendra l’attention de tous les observateurs est celui du Dr Oumar Mariko. Figure connue de la scène politique malienne, médecin et militant de longue date, l’homme a toujours occupé une position d’opposition aux pouvoirs successifs à Bamako. Le communiqué du procureur qualifie son implication dans les attaques de « notoire ». C’est une accusation grave, formulée par une institution judiciaire militaire, dans le cadre d’une procédure pénale ouverte. Elle mérite d’être traitée comme telle — ni minimisée, ni amplifiée avant que les éléments de preuve soient versés au dossier et soumis à un examen contradictoire.
C’est précisément là que la prudence s’impose. Le Tribunal militaire de Bamako n’est pas une institution indépendante du pouvoir qu’elle est censée protéger. Dans les régimes militaires, les enquêtes judiciaires ouvertes après des crises sécuritaires majeures ont une double fonction : identifier les véritables responsables, et désigner des boucs émissaires politiques utiles à la narration officielle. Ces deux fonctions ne s’excluent pas — elles coexistent souvent dans le même dossier, avec des degrés de sincérité variables selon les accusations.
Oumar Mariko est un opposant. Sa mise en cause, aussi bien documentée soit-elle, intervient dans un contexte où la junte a tout intérêt à démontrer que les attaques du 25 avril n’étaient pas seulement l’œuvre de jihadistes et de rebelles venus de l’extérieur, mais qu’elles impliquaient des complicités internes politiques. Ce récit est utile pour plusieurs raisons : il justifie des arrestations dans l’espace politique, il renforce l’image d’un régime menacé par ses ennemis de l’intérieur, et il crée une solidarité nationale autour de l’idée que l’opposition est traître.
Cela ne signifie pas que les accusations sont fausses. Des militaires en activité impliqués dans une opération contre leur propre armée — si les preuves le confirment — c’est une information d’une gravité absolue qui dit quelque chose de profond sur les fractures internes du régime malien. La question de savoir si certains soldats ont choisi de changer de camp ce 25 avril mérite une réponse sérieuse, documentée, transparente.
Ce que cette enquête demande, c’est du temps, de l’indépendance et de la transparence. Le procureur a promis de tenir l’opinion publique informée régulièrement. C’est un engagement. La mesure de sa sincérité se fera dans les semaines qui viennent, quand les preuves seront rendues publiques, quand les accusés auront accès à une défense, et quand les conclusions ne seront plus seulement des communiqués mais des décisions soumises à un vrai contrôle judiciaire.
Pour l’heure, ce qu’on sait avec certitude c’est que des arrestations ont eu lieu. Ce que l’enquête devra démontrer, c’est que la justice militaire malienne est capable de distinguer les vrais coupables des victimes collatérales d’une purge politique.
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