La rédaction | Lementor.net
Dimanche 18 avril 2026, quartier Haoussabougou, Korhogo. Un accident de circulation implique deux motocyclistes. Les policiers interviennent, portent assistance aux blessés, puis entreprennent la mise en fourrière des engins. Un geste réglementaire. Une intervention ordinaire dans le cadre de l’opération Tolérance Zéro lancée par le gouvernement en mars 2026.
Sauf que des jeunes du quartier ne le voient pas ainsi. Ils perçoivent une tentative d’abus. La tension monte. Des affrontements éclatent. Les forces de l’ordre utilisent des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Le quartier s’embrase brièvement avant que le calme ne revienne grâce à l’intervention personnelle du député-maire Lacina Ouattara, qui engage des échanges avec les différentes parties pour apaiser les esprits.
Quatre jours plus tard, le 23 avril, la préfecture de police de Korhogo publie une note signée par le commissaire divisionnaire major Bakayoko Ibrahima. Les contrôles routiers sont suspendus sur toute l’étendue de la ville jusqu’à nouvel ordre. L’objectif explicitement mentionné : « ramener le calme, la paix et la sérénité. » En attendant, les forces de l’ordre se limitent aux patrouilles, aux postes fixes et à la surveillance de la voie publique.
Cette séquence mérite une lecture attentive. Elle ne raconte pas une insurrection. Elle raconte quelque chose de plus quotidien et de plus profond — la fragilité de la relation entre les forces de l’ordre et les populations dans certaines villes ivoiriennes. À Korhogo, l’opération Tolérance Zéro avait déjà enregistré 917 infractions relevées lors de sa troisième semaine. Elle fonctionnait. Elle produisait des résultats. Et puis un contrôle ordinaire a dégénéré parce que le lien de confiance entre la police et une partie de la population était insuffisamment solide pour absorber l’incident sans explosion.
Le 26 avril, une rencontre de concertation a réuni autorités administratives, forces de l’ordre, chefs traditionnels et populations à Korhogo. Des mesures concrètes ont été annoncées : renforcement de la sensibilisation, don de 10 000 casques aux usagers, mise en place d’un comité de suivi. Le dialogue a primé. C’est la bonne méthode.
Ce que cette affaire dit en creux sur la sécurité routière en Côte d’Ivoire est important. Réduire les accidents ne passe pas seulement par des contrôles et des sanctions. Ça passe par une pédagogie patiente, une présence de terrain cohérente, et une relation de respect mutuel entre les forces de l’ordre et les citoyens qu’elles servent. Quand cette relation est fragilisée, la meilleure opération de sécurité du monde peut dégénérer en émeute de quartier pour un motocycliste mis en fourrière.
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