Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a un mot que les organisations de la société civile ivoirienne évitent soigneusement depuis des années : politique. Elles font du développement, de la gouvernance, de la citoyenneté, de la sensibilisation. Elles organisent des forums, publient des rapports, interpellent les pouvoirs publics. Mais elles se gardent bien de franchir la ligne qui sépare le commentaire de l’engagement. Aube Nouvelle vient de franchir cette ligne.
Ce samedi à Yamoussoukro, le mouvement conduit par Vincent Toh Bi Irié a officialisé lors d’une convention formelle sa transformation d’organisation non gouvernementale en mouvement citoyen. La différence n’est pas seulement sémantique. Une ONG produit des analyses et des recommandations. Un mouvement citoyen produit des militants, des mobilisations et, potentiellement, des candidats. Toh Bi Irié l’a dit sans ambiguïté devant les participants : il veut que les citoyens participent activement à la vie politique nationale, que le mouvement soit un outil de construction politique au sens le plus noble du terme.
Cette transformation intervient dans un contexte de recomposition de la société civile ivoirienne qui mérite d’être lu avec attention. La Côte d’Ivoire entre dans une séquence politique dense. La dissolution de la CEI et la nécessité de construire un nouveau cadre électoral avant les prochaines consultations ont ouvert un espace de participation civique que les organisations citoyennes peuvent occuper. La montée des préoccupations sociales liées à la vie chère, au chômage des jeunes et à la gestion des questions foncières crée une demande de représentation que les partis politiques traditionnels ne satisfont pas toujours.
Vincent Toh Bi Irié a construit Aube Nouvelle sur des années de travail de terrain dans plusieurs régions du pays. Ce capital de confiance locale est ce qui distingue son mouvement d’une initiative politicienne de plus. Si la transformation en mouvement citoyen s’accompagne d’une implantation territoriale réelle, d’une capacité à mobiliser sur des enjeux concrets et d’une discipline interne suffisante pour éviter les récupérations partisanes, Aube Nouvelle peut devenir un acteur significatif de la vie politique ivoirienne des prochaines années.
Le chemin entre la convention de Yamoussoukro et une influence réelle sur les équilibres politiques nationaux est long. Il est semé d’embûches que les mouvements citoyens africains ont souvent rencontrées avant lui : la difficulté à financer une organisation sans base partisane établie, la tentation des financements partisans qui compromettent l’indépendance, la dispersion de l’énergie militante entre des causes trop nombreuses. Toh Bi Irié sait probablement tout cela.
Ce qui compte, c’est le signal. Dans un pays où l’espace entre le RHDP au pouvoir et les partis d’opposition reste peu occupé par des acteurs qui ne se réduisent ni à l’un ni à l’autre, l’émergence d’un mouvement citoyen structuré est une bonne nouvelle pour la démocratie ivoirienne. Que ce mouvement tienne ses promesses, c’est l’histoire des prochaines années qui le dira.
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