Par La rédaction | Lementor.net
Pour la première fois de son histoire, l’Afrique envoie dix équipes dans une Coupe du monde. C’est le résultat direct de l’élargissement du tournoi à 48 nations, décidé par la FIFA sous la présidence de Gianni Infantino, qui a accordé au continent africain neuf places directes et une place de barragiste. Ce record quantitatif pose immédiatement une question qualitative : ces dix équipes sont-elles à la hauteur de l’enjeu ? Peuvent-elles, collectivement, changer l’image d’un football africain qui n’a jamais dépassé le stade des quarts de finale depuis la demi-finale historique du Maroc en 2022 ? Le tableau des forces et des faiblesses de chacune de ces sélections donne des éléments de réponse.
Le Maroc arrive à ce Mondial comme le grand espoir du football africain. Depuis la demi-finale de Qatar 2022, où les Lions de l’Atlas avaient battu successivement la Belgique, l’Espagne et le Portugal avant de s’incliner face à la France, la sélection marocaine a changé de dimension dans l’imaginaire collectif africain et mondial. Walid Regragui a construit un système reconnaissable et redoutable : un bloc défensif extrêmement solide, une capacité à souffrir sans jamais se désorganiser, et des transitions offensives rapides qui mettent en valeur la vitesse et la technique de ses attaquants. Achraf Hakimi en est le symbole : latéral droit parmi les meilleurs du monde, capable de peser sur les deux phases de jeu. La CAN 2025, remportée au Maroc devant leur public, a confirmé que ce groupe avait aussi la solidité mentale des grands champions. Leur groupe au Mondial, avec le Brésil, mérite néanmoins une attention particulière.
Le Sénégal est le deuxième pilier de l’Afrique dans cette Coupe du monde. Champion d’Afrique en titre depuis sa victoire à la CAN Maroc 2025, le Sénégal dispose d’un effectif d’une qualité et d’une profondeur rares pour une nation africaine. Sadio Mané, à trente-quatre ans, n’est plus le même joueur qu’à son apogée à Liverpool, mais il reste une référence mondiale par son instinct du but, son sens du collectif et son leadership naturel. Kalidou Koulibaly, capitaine, est l’un des défenseurs centraux les plus expérimentés du monde. Édouard Mendy dans les buts offre une sécurité défensive considérable. Mais le Sénégal arrive aussi au Mondial avec des questions. La transition générationnelle est en cours. Lamine Camara, Pape Matar Sarr et Ismaïla Sarr constituent la colonne vertébrale d’une nouvelle génération qui a montré ses qualités mais n’a pas encore la régularité des champions confirmés. Et le groupe I, avec la France, est le plus difficile du tirage africain. Un Sénégal-France le 16 juin au MetLife Stadium de New Jersey sera l’un des matches les plus chargés d’histoire et de symboles de ce Mondial.
La Côte d’Ivoire fait son retour dans une Coupe du monde après douze ans d’absence. Ce seul fait mérite d’être souligné, car il dit à la fois l’ampleur de la traversée du désert et la portée de la reconstruction menée par Emerse Faé. Les Éléphants arrivent aux États-Unis avec une dynamique de préparation exceptionnelle : victoire quatre buts à zéro contre la Corée du Sud, domination face à l’Écosse, et surtout triomphe deux buts à un contre la France à Nantes le 4 juin. Ces résultats confirment que le potentiel offensif ivoirien, porté par Amad Diallo de Manchester United, Simon Adingra de Monaco, Evann Guessand de Crystal Palace et Nicolas Pépé de Villarreal, est réel et dangereux. La solidité défensive autour d’Evan Ndicka et Odilon Kossounou est le chantier sur lequel Faé a le plus travaillé. Le groupe E avec l’Allemagne est le test ultime. Passer ce groupe, ce que les Éléphants n’ont jamais réussi dans les trois précédentes participations, serait une révolution.
L’Égypte est l’une des équipes africaines les plus difficiles à battre dans un tournoi. Ramos Quieiroz, sélectionneur expérimenté, a construit une équipe pragmatique dont l’organisation défensive est le principal atout. Mohamed Salah, à trente-trois ans, reste l’un des dix meilleurs joueurs du monde quand il est en forme. La question égyptienne est toujours la même depuis des années : une équipe capable de battre n’importe qui sur un match mais incapable de maintenir ce niveau sur la durée d’un tournoi. La CAN 2025 a confirmé cette tendance, l’Égypte ayant été éliminée par le Sénégal en demi-finale après une campagne solide mais pas spectaculaire.
L’Algérie tente de retrouver la cohérence d’un collectif qui avait brillé lors de la CAN 2019 mais qui depuis présente un visage discontinu. La génération des Mahrez, Bennacer et Aouar est en fin de cycle. La transition vers les joueurs nés en France mais ayant choisi l’Algérie internationale, comme Amine Gouiri ou Houssem Aouar, n’est pas entièrement achevée. Le sélectionneur Vladimir Petkovic doit trouver l’équilibre entre l’expérience des anciens et la fraîcheur des nouveaux. Le groupe algérien au Mondial est abordable mais pas facile. Une élimination au premier tour serait vécue comme un échec au vu du potentiel disponible.
La Tunisie est l’une des équipes africaines les plus disciplinées tactiquement. Jalel Kadri a construit un bloc compact, difficile à déjouer, avec un jeu de transition bien huilé. Wahbi Khazri est en fin de carrière internationale mais apporte encore une créativité précieuse entre les lignes. Les Aigles de Carthage ont l’habitude des phases finales mondiales, c’est leur huitième participation, ce qui leur confère une expérience des tournois que d’autres nations africaines n’ont pas. Mais ils manquent souvent de la qualité individuelle pour franchir le premier tour.
Le Ghana arrive avec une génération prometteuse mais encore instable. Mohammed Kudus de West Ham est l’un des joueurs les plus excitants de sa génération et peut faire la différence dans n’importe quel match. Mais les Black Stars ont montré des signes de fragilité défensive et d’inconstance collective qui inquiètent. L’élimination dès les poules en 2022 au Qatar après une belle CAN avait été décevante.
L’Afrique du Sud est la surprise des qualifications africaines. Les Bafana Bafana ont terminé premiers de leur groupe devant le Nigeria, poussant les Super Eagles aux barrages. Hugo Broos a construit un groupe soudé, difficile à dominer physiquement, avec des joueurs qui n’ont peut-être pas le nom des stars mais qui ont la mentalité des combattants. Pour leur première Coupe du monde depuis 2010, les Bafana Bafana veulent montrer que le football sud-africain est en train de vivre une renaissance.
Le Cap-Vert est l’histoire la plus romanesque de ces qualifications africaines. Avec moins d’un demi-million d’habitants, les Tubarões Azuis sont le plus petit pays jamais qualifié pour une Coupe du monde. Leur qualification avec vingt-trois points au sommet du groupe D, devant le Cameroun barragiste, est un exploit collectif remarquable. Pedro Brito a construit une équipe soudée autour de joueurs évoluant dans les championnats portugais et anglais. Leurs ambitions sont modestes mais leur présence en elle-même est déjà une victoire pour le football africain.
Les quatre barragistes africains, le Nigeria, le Cameroun, le Gabon et la RD Congo, ont tous réussi à décrocher leur billet aux dépens d’équipes de la zone Asie-Pacifique, d’Amérique centrale et d’Océanie. Le Nigeria est le nom le plus connu parmi eux. Victor Osimhen, quand il est en forme, est l’un des neuf attaquants les plus redoutables de la planète. Mais les Super Eagles arrivent à ce Mondial après une campagne de qualification décevante qui les a obligés à passer par les barrages. La cohérence collective reste le problème récurrent d’une équipe qui a toujours eu plus de talents que de système.
Ce que ce panorama révèle au fond, c’est que le football africain a rarement présenté une telle diversité de profils et d’ambitions dans une Coupe du monde. Du Maroc qui vise les demi-finales au Cap-Vert qui veut simplement exister sur la scène mondiale, en passant par la Côte d’Ivoire qui veut briser sa malédiction du premier tour et le Sénégal qui pense pouvoir aller loin, l’Afrique arrive aux États-Unis avec des raisons d’espérer que jamais. La question n’est plus de savoir si l’Afrique peut produire une équipe capable de gagner une Coupe du monde. Elle est de savoir laquelle sera la première à le prouver.
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