Par La Rédaction | Lementor,net
Le 30 juillet 2026, le tribunal de première instance d’Abidjan rend son verdict dans l’affaire TchéTché et Siaba contre Tidjane Thiam, président du PDCI-RDA. Le dossier a été renvoyé plusieurs fois. Il arrive à audience à cinq jours des vacances judiciaires. Son issue peut placer le plus vieux parti ivoirien sous administration provisoire ou consolider définitivement son président. Pour répondre à la vraie question posée par ce procès, il faut d’abord disséquer les faits sans les interpréter.
Ce que dit le dossier judiciaire
Le requérant est Charles Abié TchéTché, membre du Bureau politique du PDCI-RDA, militant depuis 1984, responsable de Gagnoa dans le centre-ouest. Son avocat est Maître Ouei Hervé Donné. Sa requête repose sur trois arguments distincts qui s’appuient sur des textes précis.
Le premier argument est statutaire. L’article 41 des statuts du PDCI exige qu’un candidat à la présidence soit membre du Bureau politique depuis au moins dix ans. TchéTché affirme que Thiam, rentré en Côte d’Ivoire en 2023 après une carrière internationale, ne remplit pas cette condition.
Le deuxième argument est constitutionnel. L’article 8 de la loi de 1993 sur les partis politiques et l’article 48 du Code de la nationalité ivoirienne sont invoqués. Selon TchéTché, Thiam a acquis volontairement la nationalité française par décret de naturalisation en février 1987, ce qui entraînerait la perte automatique de sa nationalité ivoirienne. Un citoyen français ne peut pas diriger un parti politique en Côte d’Ivoire, dit l’acte d’assignation.
Le troisième argument est fonctionnel. S’appuyant sur l’article 40 des statuts, le requérant demande au tribunal de constater l’empêchement absolu de Thiam à diriger le parti. Il réside à l’étranger depuis plus d’un an. Il convoque ses réunions par visioconférence. Il n’est pas sur le terrain. Le requérant demande la nomination d’un président par intérim.
Ces trois arguments ont une force juridique inégale. Le premier, les dix ans, est le plus solide techniquement si les statuts sont appliqués strictement. Le deuxième, la nationalité, est le plus explosif politiquement. Thiam a effectivement eu la nationalité française. Mais il a aussi retrouvé sa nationalité ivoirienne, et les précédentes procédures sur ce point ont été écartées. Le troisième, l’absence, est le plus politiquement lisible mais le plus juridiquement faible : aucun texte n’interdit à un président de parti de diriger depuis l’étranger.
Ce que dit le profil du requérant
TchéTché n’est pas un inconnu dans cette histoire. Dès mai 2025, lors de la crise qui avait conduit à la démission puis à la réélection de Thiam, il avait déjà réclamé un nouveau congrès en dénonçant une succession confuse. Il est militant depuis 1984, soit quarante-deux ans d’ancienneté au PDCI. Sa démarche devant la justice n’est pas celle d’un homme de l’extérieur du parti. C’est celle d’un militant historique qui pense que les règles du jeu ont été contournées.
Son avocat Maître Ouei Hervé Donné est un praticien du barreau d’Abidjan sans affiliation politique publique connue. Aucune source disponible ne relie son financement au RHDP ou à un acteur extérieur au PDCI. Ce point est important pour évaluer la thèse du complot.
La thèse du complot : ce qui la soutient, ce qui la fragilise
Ce qui soutient la thèse du complot est la coïncidence temporelle. Chaque fois que le PDCI monte en puissance dans l’opposition, une procédure judiciaire frappe son président. En 2025, Valérie Yapo agit après que Thiam commence à structurer sa campagne pour la présidentielle. En 2026, TchéTché agit après le recul du PDCI aux législatives et dans un contexte où Thiam prépare les municipales de 2027. La répétition des attaques judiciaires dit une logique d’attrition qui profite objectivement au RHDP dominant.
Ce qui fragilise la thèse est plus solide encore. Les requérants sont des membres internes du parti. TchéTché est au Bureau politique depuis des décennies. Valérie Yapo aussi. Leurs griefs préexistaient à la présidence de Thiam. La crise dans le Gôh-Djiboua en 2024, la démission de Jean-Michel Amankou en juillet 2026, les tensions à Tiassalé entre Alexis Amichia et Kassi Yaba Félicie, les restructurations permanentes qui divisent plus qu’elles ne rassemblent : tous ces signaux viennent de l’intérieur. Aucune source ne documente un financement extérieur des procédures judiciaires. Aucune source ne relie TchéTché ou Siaba à des réseaux RHDP. Et surtout, l’argument des dix ans d’ancienneté est objectivement fondé : Tidjane Thiam n’était pas au Bureau politique du PDCI depuis dix ans avant son élection en décembre 2023. C’est un fait vérifiable.
La thèse de la crise réelle : ce qui la soutient, ce qui la nuance
Ce qui la soutient est massif et convergent. Le PDCI perd la moitié de ses sièges aux législatives de décembre 2025. Jean-Michel Amankou, secrétaire chargé des élections, démissionne sans explication publique en juillet 2026. Le REM est fondé par Kouakou Marchal Balou, cadre interne, lors d’une réunion à Yamoussoukro les 10 et 11 juillet 2026. Lancina Sanogo, membre du Bureau politique, dit publiquement il n’y a pas de Bureau politique, il n’y a rien. Des tensions locales documentées à Tiassalé, Gagnoa, Yopougon et Mankono disent que la contestation n’est pas centralisée. Elle est diffuse, organique, venue du bas.
Ce qui nuance cette thèse est l’existence réelle d’une base militante soudée derrière Thiam. Le Forum national du parti, réuni le 18 juillet 2026 sous la présidence de Koné Issa Daouda, a réaffirmé son soutien. Le Bureau politique a répondu présent le 25 juillet. Et le 9ème congrès extraordinaire du 14 mai 2025 a reconduit Thiam avec 99,74 % des voix. Ces chiffres disent que les partisans de Thiam sont majoritaires. La crise est réelle mais elle n’est pas terminale.
Le verdict du 30 juillet
Trois scénarios sont possibles. Le tribunal déboute TchéTché : Thiam sort consolidé, la procédure judiciaire est épuisée sur les mêmes arguments, et la direction peut se concentrer sur les municipales de 2027. Le tribunal lui donne partiellement raison sur l’absence : une injonction de retour en Côte d’Ivoire est prononcée, ce qui force Thiam à trancher sa situation personnelle sans déchéance immédiate. Le tribunal lui donne pleinement raison sur les dix ans et la nationalité : Thiam est destitué, le parti est placé sous administration provisoire, et une troisième crise de succession s’ouvre dans le plus vieux parti ivoirien.
Le troisième scénario est le moins probable mais le plus destructeur. Un parti sous administration provisoire à deux ans des municipales est un parti hors course. Ce serait un cadeau politique pour le RHDP que TchéTché n’a pas cherché à offrir consciemment, mais que ses actions judiciaires pourraient produire indirectement.
La réponse
Ce n’est ni un complot pur ni une crise fabriquée. C’est une crise interne réelle, exploitée par des acteurs qui ont leurs propres griefs légitimes, dans un environnement politique où le parti dominant a tout intérêt à laisser faire sans intervenir. La crise existe depuis décembre 2023 parce que Thiam est arrivé à la présidence du PDCI en contournant des règles statutaires que le parti lui-même avait accepté de contourner pour lui. Ce péché originel juridique n’a jamais été effacé. Il revient devant les tribunaux parce qu’il n’a jamais été résolu dans les instances internes. Le 30 juillet, c’est le parti qui paie la facture de cette irrégularité fondatrice.
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