Par Bakary Cisse | Lementor.net
Ce mercredi 10 juin 2026, à l’hôtel Noom de Conakry, plus d’une quarantaine d’entreprises ivoiriennes du secteur du bâtiment et des travaux publics ont participé au Forum Économique Sectoriel BTP Côte d’Ivoire–Guinée, organisé sous l’impulsion du Groupement Ivoirien du Bâtiment et des Travaux Publics. L’ambassadeur de Côte d’Ivoire en Guinée, Son Excellence Issifou Coulibaly, y a pris part en personne, témoignant de l’engagement de la représentation diplomatique ivoirienne dans l’accompagnement actif des opérateurs économiques nationaux dans leur déploiement sur le marché guinéen.
Placé sous les auspices des présidences des deux républiques et avec le soutien des ministères des Affaires étrangères ainsi que de la Primature ivoirienne, ce forum de haut niveau a réuni des acteurs institutionnels et économiques autour d’un agenda centré sur l’identification et la structuration de nouvelles opportunités de collaboration dans le BTP. Les travaux ont alterné sessions thématiques et rencontres d’affaires en format B2B, offrant aux opérateurs des deux pays un cadre formel d’échanges directs propice à la conclusion de partenariats concrets.
Ce forum n’est pas apparu de nulle part. Il s’inscrit dans une dynamique diplomatique engagée par l’ambassadeur Coulibaly depuis sa prise de service à Conakry. Le lundi 8 juin, soit deux jours avant ce forum, il avait accordé deux audiences distinctes. La première réunissait le représentant résident de la CEDEAO en Guinée, pour des échanges sur les enjeux d’intégration régionale dans un contexte où l’organisation sous-régionale traverse une période de mutations institutionnelles majeures. La seconde réunissait une délégation du GIBTP pour préparer précisément le terrain de ce forum, en identifiant en amont les opportunités de partenariat et les perspectives de contribution des entreprises ivoiriennes au développement des infrastructures en Guinée.
Cette séquence dit quelque chose d’important sur l’évolution de la diplomatie ivoirienne. Elle est de moins en moins une diplomatie de représentation et de plus en plus une diplomatie économique opérationnelle, qui accompagne les acteurs privés dans leur développement régional, ouvre des portes institutionnelles, crée des cadres de dialogue et transforme la proximité géographique et culturelle entre les pays en opportunités commerciales concrètes.
La Guinée est un marché naturel pour les entreprises ivoiriennes du BTP. Les deux pays partagent une frontière terrestre, des liens humains et culturels profonds, et une complémentarité économique évidente. La Guinée dispose de ressources minières parmi les plus importantes d’Afrique de l’Ouest, notamment la bauxite dont elle est le premier producteur mondial, mais aussi l’or et le fer. Ces ressources génèrent des besoins considérables en infrastructures : routes, ports, logements, bâtiments industriels et administratifs. Les entreprises ivoiriennes du BTP, qui ont acquis une expérience et une compétence dans le cadre du programme d’investissements massifs conduit en Côte d’Ivoire depuis 2012, ont des atouts réels pour répondre à ces besoins.
La question politique sous-jacente à ce forum mérite cependant d’être posée. La Guinée est dirigée depuis le coup d’État de septembre 2021 par le colonel Mamadi Doumbouya, à la tête d’une junte qui a suspendu les institutions démocratiques et dont les relations avec la CEDEAO restent compliquées. La Côte d’Ivoire, pilier de la CEDEAO et défenseur des principes démocratiques dans la sous-région, maintient néanmoins une relation économique active avec Conakry, en distinguant les différends politiques et institutionnels de la coopération économique bilatérale. C’est un choix pragmatique qui a ses partisans et ses critiques, mais qui reflète une réalité géographique et économique que la Côte d’Ivoire ne peut pas ignorer : la Guinée est son voisin, son partenaire naturel, et des millions d’Ivoiriens entretiennent des liens familiaux et commerciaux avec la Guinée qui ne se laissent pas suspendre par des désaccords politiques entre gouvernements.
Ce que ce forum illustre concrètement, au-delà des discours sur l’intégration régionale, c’est la capacité des acteurs économiques privés ivoiriens à aller chercher des marchés régionaux avec l’appui de leur État. Une diplomatie économique efficace ne se résume pas à des communiqués. Elle se mesure aux contrats signés, aux partenariats conclus, aux emplois créés. Les rencontres B2B organisées à Conakry ce 10 juin seront jugées à leurs résultats dans les prochains mois.
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