Par La Rédaction | Lementor.net
Il y a des événements politiques qui disent plus par ce qui n’y est pas que par ce qui s’y passe. Le Dialogue national sénégalais de cette année est de ceux-là. Prévu initialement comme une grande journée de concertation publique le 28 mai au Centre International de Conférences Abdou Diouf, il a été transformé, à la décision du président Bassirou Diomaye Faye lui-même, en une série de consultations individuelles et discrètes étalées du 21 au 31 mai 2026. Et dans ces consultations feutrées, un nom est remarquablement absent de tous les comptes rendus disponibles : Ousmane Sonko.
La décision de changer le format du dialogue a été annoncée le 13 mai, soit avant même le limogeage de Sonko le 22 mai. La justification officielle invoque la proximité de la Tabaski, temps fort de communion religieuse et familiale, qui rendrait difficile la mobilisation de journées entières de concertation collective. Diomaye Faye a préféré des audiences individuelles, des échanges ciblés avec des personnalités représentatives de différents segments de la société, anciens Premiers ministres, acteurs de la société civile, représentants des forces économiques, notabilités religieuses et traditionnelles. Un format plus modeste en apparence, mais potentiellement plus efficace pour construire des consensus durables dans un contexte politique particulièrement fracturé.
Ce format discret a néanmoins suscité des interrogations légitimes. L’Alliance Pour la République, l’ancien parti de Macky Sall, a annoncé son boycott, dénonçant ce qu’elle perçoit comme une consultation de façade sans cadre de publication défini pour les conclusions. D’autres observateurs notent que cette édition 2026 ne dispose pas de thème formellement annoncé, contrairement aux éditions précédentes qui avaient abordé successivement la réforme de la justice en 2024 et le système politique en 2025. Ce glissement vers le non-dit est lui-même révélateur du climat politique dans lequel ces consultations s’inscrivent.
Car ce qui plane sur l’ensemble du processus, c’est la question Sonko. Le président de l’Assemblée nationale, limogé de la primature il y a moins d’une semaine, élu au perchoir dans une séquence juridiquement contestée, n’a pas participé aux consultations présidentielles. Son absence n’est pas anodine. Elle dit que la rupture entre les deux hommes n’est pas de pure forme. Sonko ne fait pas le geste de la réconciliation institutionnelle. Il ne tend pas la main depuis la présidence de l’Assemblée vers le dialogue convoqué par le palais. Il s’installe dans son nouveau rôle avec la froideur de quelqu’un qui a compris que son avenir politique se jouera dans l’opposition à Diomaye, pas dans la coopération avec lui.
Le Conseil constitutionnel, saisi par Diomaye Faye sur la question de la régularité du retour de Sonko comme député, n’a toujours pas rendu sa décision. Ce silence judiciaire qui se prolonge laisse la situation institutionnelle dans un flou juridique dont les deux protagonistes tirent des avantages opposés : Sonko occupe le perchoir comme un fait accompli, Diomaye maintient le dossier ouvert comme une épée de Damoclès.
Cette troisième édition du Dialogue national sous Diomaye Faye s’achèvera le 31 mai sans avoir produit la dynamique d’apaisement qu’elle était censée générer. Elle aura néanmoins permis au président de montrer qu’il gouverne, qu’il consulte, qu’il construit sans Sonko et malgré Sonko. Dans la politique sénégalaise actuelle, c’est peut-être le message le plus important.
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