La rédaction | Lementor.net
Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire fête ses 80 ans en avril 2026. Fondé le 9 avril 1946 par Félix Houphouët-Boigny à Treichville, le PDCI est le plus vieux parti politique d’Afrique de l’Ouest. Huit décennies de résilience, d’histoire et de pouvoir. Mais les célébrations de cet anniversaire se tiennent dans une maison qui grince de partout.
Le premier signal est venu du parlement. Le 6 mars 2026, quatre députés du PDCI ont adressé une correspondance formelle au président du groupe parlementaire, Me Jean-Chrysostome Blessy, pour notifier la suspension de leur participation aux activités du groupe. Les signataires sont Kouamé Koffi Athanase et N’Zi N’Da Affoué Éliane, tous deux élus de Bocanda, Adja Alain, député de Port-Bouët, et N’Gouan Jérémie Alfred, député d’Aboisso commune. Dans leur lettre, ils invoquent des raisons d’ordre personnel sans autres précisions, tout en assurant rester membres du parti.
La formule prudente ne trompe personne. Dans leur prise de position, ces élus pointent du doigt la gestion du groupe parlementaire, accusant notamment son président de mauvaise gouvernance et dénonçant un fonctionnement interne qui ne favorise ni la concertation ni la transparence. Deux d’entre eux sont allés plus loin publiquement. La députée N’Zi N’Da Éliane a dénoncé le fait que le président du groupe parlementaire encouragerait ses pairs à rejoindre le groupe des indépendants, sans justification politique claire. Son collègue Kouamé Koffi Athanase a dénoncé un défaut de concertation, un déficit de communication avec les anciens membres et une gestion en solo de Me Blessy, qui refuserait de répondre aux appels.
Ce départ de quatre élus ne constitue pas un incident isolé. Il s’inscrit dans une séquence de fronde qui couve depuis les élections législatives de décembre 2025. Avant eux, trois députés-maires d’Abidjan, Jacques Ehouo du Plateau, Sylvestre Emmou de Port-Bouët et Jean-Marc Yacé de Cocody, avaient déjà refusé d’intégrer le groupe parlementaire. Un autre élu, le député de Buyo Nouhane Zézé Michel, a de son côté rejoint le groupe parlementaire Agir, dont le mentor est Stéphane Kipré. Au total, le groupe parlementaire PDCI a perdu la moitié de ses membres entre les législatives de 2021 et celles de 2025. La saignée est documentée, continue et préoccupante.
Les raisons profondes remontent plus loin. Les frondeurs reprochent à la direction du parti une mauvaise lecture de la stratégie du PPA-CI de Laurent Gbagbo. Convaincus que Gbagbo savait qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle d’octobre 2025, ils estiment que le PDCI s’est laissé entraîner dans une alliance qui l’a finalement marginalisé. Le résultat est sans appel : Alassane Ouattara a été réélu avec 89,77% des voix, le PDCI n’avait pas de candidat en lice, et le parti qui visait le retour au pouvoir repart avec une représentation parlementaire divisée par deux.
Au coeur de toutes ces tensions, une question revient comme un leitmotiv : où est Tidjane Thiam ? Élu président du PDCI en décembre 2023 avec 96,5% des voix au congrès de Yamoussoukro, le petit-neveu d’Houphouët-Boigny dirige le parti depuis l’étranger. Le journal L’Avenir titrait mi-avril sur les Ivoiriens qui dénoncent la gestion du PDCI par télétravail. La question n’est plus taboue. Des observateurs proches du parti se demandent ouvertement si toutes ces crises se produiraient si Thiam était sur le terrain, capable d’activer le dialogue et de calmer les élus mécontents avant que leur grogne ne devienne publique.
La question électorale vient aggraver ce tableau. La CEI n’a toujours pas annoncé de révision de la liste électorale pour 2026, alors que la loi en prévoit une chaque année. La CEI n’avait déjà pas procédé à la révision en 2025. Pour 2026, le budget prévoit pourtant 16,246 milliards de FCFA dédiés à cette opération, sans qu’aucune date ne soit encore annoncée. Des centaines de milliers de jeunes devenus majeurs depuis 2024 ne peuvent toujours pas s’inscrire. Pour un parti d’opposition qui cherche à reconstituer son électorat, ce silence de la CEI est une menace supplémentaire, d’autant que des élections municipales et régionales se profilent.
Le PDCI de 2026 est un parti qui a de l’histoire, des militants et des élus. Mais il cumule une direction absente du territoire, un groupe parlementaire en effritement, une alliance stratégique qui a tourné à son désavantage et une CEI qui bloque l’inscription de nouveaux électeurs. Lors des célébrations des 80 ans, le président du groupe parlementaire Me Blessy a lancé un appel aux élus frondeurs à revenir pour préserver l’unité, promettant une opposition audible et crédible. Le discours était volontariste. La réalité du terrain l’est moins.
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