Par AN | Lementor.net
Le débat sur la réforme du système électoral ivoirien n’est pas nouveau. Il accompagne chaque cycle politique depuis la fin de la crise post-électorale de 2010-2011. Mais sa persistance, et surtout son élargissement progressif à des acteurs qui dépassent le strict cadre partisan, lui donnent aujourd’hui une dimension nouvelle qui mérite attention.
Des voix politiques de diverses sensibilités remettent en question la capacité du ministère de l’Intérieur à piloter de manière crédible les prochains scrutins, dont un référendum constitutionnel dont les contours restent à préciser. L’argument central est connu : confier l’organisation des élections à un ministère qui est par définition un instrument du gouvernement en place, c’est créer une asymétrie structurelle entre les acteurs du jeu électoral. C’est exposer le processus au soupçon, même quand il est conduit de bonne foi.
Ce qui est plus frappant cette fois, c’est que des responsables religieux se joignent explicitement au débat, plaidant pour une structure plus indépendante, moins exposée aux influences partisanes. Dans un pays où les autorités religieuses jouissent d’une légitimité sociale considérable et ont souvent joué un rôle de médiation lors des crises, ce positionnement n’est pas anodin. Il signifie que la demande d’institutions électorales crédibles et autonomes n’est plus seulement portée par l’opposition politique, mais traverse désormais l’ensemble du corps social.
La question que cela pose au gouvernement et au RHDP est simple : dans la perspective de l’élection présidentielle de 2025 déjà passée et des scrutins à venir, est-il politiquement rentable de maintenir le statu quo institutionnel, ou vaut-il mieux prendre l’initiative d’une réforme qui renforcerait la légitimité des victoires futures ? L’histoire des démocraties africaines montre que les partis au pouvoir qui ont accepté de réformer les règles du jeu electoral ont souvent récolté, à terme, les dividendes de cette confiance accordée.
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