Par La Rédaction | Lementor.net
Coup de théâtre à Dakar. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo ne présentera finalement pas sa Déclaration de politique générale ce mardi 1er septembre comme annoncé depuis plusieurs semaines. Le Bureau de l’Assemblée nationale, présidé par Ousmane Sonko, a publié un communiqué de clarification procédurale qui reporte l’échéance sans en fixer une nouvelle. La formulation juridique est précise mais le message politique est encore plus clair : Sonko tient le calendrier constitutionnel dans sa main et entend s’en servir.
Les arguments du Bureau de l’Assemblée nationale sont formellement fondés. La session ordinaire unique 2025-2026 a pris fin le 30 juin dernier. Pour que l’Assemblée nationale se réunisse en session extraordinaire, un décret du président de la République est nécessaire conformément à l’article 63 de la Constitution et à l’article 7 du Règlement intérieur. Cette condition a été remplie avec le décret convoquant les députés à partir du 1er septembre. Mais le Règlement intérieur prévoit également que l’Assemblée nationale doit être informée au moins huit jours avant la date retenue pour la DPG. Et cette formalité, précise le communiqué, relève du président de la République et non du Premier ministre. Al Aminou Lo ne pouvait donc pas se convoquer lui-même devant l’Assemblée le 1er septembre sans que Diomaye Faye ait au préalable adressé une notification formelle au Bureau de l’Assemblée avec le délai réglementaire de huit jours.
Ce qui rend cette séquence aussi révélatrice de l’état de la guerre institutionnelle entre Diomaye et Sonko est précisément l’utilisation du Règlement intérieur comme terrain de combat. Le Bureau de l’Assemblée que préside Sonko n’a pas empêché la DPG par une décision frontale. Il l’a reportée par une clarification procédurale dont la légitimité juridique est indiscutable mais dont le timing dit tout sur la volonté politique qui la sous-tend. Si Sonko avait voulu que la DPG ait lieu le 1er septembre, il aurait pu s’assurer que toutes les formalités procédurales étaient réunies dans le délai imparti. Il a choisi de ne pas le faire. Ce non-choix est lui-même un choix.
La DPG est maintenant suspendue à un nouveau décret présidentiel suivi d’une nouvelle notification au Bureau de l’Assemblée avec huit jours de préavis. Cela signifie que la prochaine date possible est au mieux autour du 10 septembre 2026 si Diomaye signe le décret dans les prochaines heures. Si le président tarde, la DPG pourrait glisser encore. Et chaque jour de retard donne à Sonko une occasion supplémentaire de formuler publiquement ses conditions pour ne pas déposer une motion de censure dès que le Premier ministre aura terminé son discours.
Le fond politique derrière ces arguties procédurales est précis. Sonko dispose de 130 sièges sur 165. Il peut faire tomber le gouvernement mathématiquement sans convaincre un seul député extérieur à son groupe. Al Aminou Lo gouverne sans majorité parlementaire loyale. Diomaye Faye a nommé un Premier ministre que Sonko ne contrôle plus depuis son limogeage en mai 2026. Cette configuration dit une chose simple et brutale : le gouvernement d’Al Aminou Lo survit à la discrétion de Sonko. Pas parce que Sonko le soutient. Parce qu’il n’a pas encore décidé de le faire tomber. La DPG sera le moment de vérité qui dira si cette discrétion se transforme en acte ou si Sonko préfère garder son arme chargée plutôt que de la tirer avec toutes les conséquences que cela implique pour l’image d’un homme qui ferait tomber le gouvernement du président qu’il a porté au pouvoir.
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