La Rédaction | Lementor.net
Quarante-huit heures après le limogeage d’Ousmane Sonko, le Sénégal politique est suspendu à deux inconnues. La première est simple : qui sera le prochain Premier ministre ? La seconde est plus profonde et plus lourde de conséquences : que va faire Ousmane Sonko ?
Sur la première question, le silence du palais de Dakar est lui-même un message. Bassirou Diomaye Faye n’a annoncé aucun nom. Aucun calendrier n’a filtré. Le gouvernement sortant expédie les affaires courantes. Cette lenteur calculée dit que le président veut choisir son Premier ministre en toute liberté, sans pression d’agenda, sans être accusé d’avoir eu le nom dans sa poche avant même d’avoir signé le décret de limogeage. Il prend son temps. C’est son droit. C’est aussi un signal adressé à tous ceux qui s’imagineraient pouvoir faire pression sur lui : il ne sera pas bousculé.
Sur la seconde question, Ousmane Sonko n’a toujours pas réagi publiquement. Son silence est aussi éloquent que n’importe quel discours. Un homme de son tempérament, habitué à prendre la parole en toute circonstance avec une conviction tranchante, qui choisit de se taire pendant quarante-huit heures après sa propre éviction, est en train de calculer. Il mesure ses options. Il sonde ses soutiens. Il prend la température d’un parti, Pastef, dont il reste le secrétaire général mais dont les instances viennent de choisir de soutenir le président plutôt que lui.
Car c’est là le fait le plus significatif de ces deux derniers jours : Pastef a choisi Diomaye. Le parti a publié une déclaration de soutien au président de la République, qualifiant sa décision de prérogative constitutionnelle légitime. Les 130 députés du groupe parlementaire n’ont pas crié à la trahison. Les cadres les plus visibles du mouvement ont appelé à l’unité et à la responsabilité. En quelques heures, ce que beaucoup craignaient comme une fracture ouverte s’est transformé en quelque chose de plus ambigu : un parti qui choisit l’institution présidentielle au détriment de son fondateur, sans pour autant le désavouer explicitement.
Cette position d’équilibre instable ne peut pas durer longtemps. Pastef va devoir trancher. Soit il se range définitivement derrière Diomaye Faye, acceptant tacitement que le président de la République est le véritable leader de la coalition au pouvoir et que Sonko n’est plus que son secrétaire général. Soit il préserve une ambiguïté stratégique qui permet à Sonko de maintenir une pression souterraine sur les décisions présidentielles, tout en évitant une rupture frontale qui ruinerait les perspectives électorales des deux hommes. Soit, scénario que personne ne souhaite mais que personne n’écarte complètement, Sonko finit par rompre et le parti éclate.
Ce que ce moment révèle de plus fondamental sur le Sénégal politique, c’est la nature réelle du rapport de force entre Diomaye et Sonko. Pendant deux ans, la narration dominante présentait Diomaye comme le président et Sonko comme le vrai pouvoir. Cette image, que Sonko lui-même entretenait avec soin, vient de se fracasser sur la réalité d’un décret. Le président a signé. Le gouvernement est dissous. Et Pastef n’a pas bougé. Diomaye Faye, que certains décrivaient comme un chef d’État de façade, a démontré qu’il contrôle les leviers institutionnels du pays et que son autorité est réelle, pas déléguée.
L’attente du nom du nouveau Premier ministre est donc aussi une attente politique plus large. Le profil de cet homme ou de cette femme dira quel type de gouvernance Diomaye Faye entend construire pour les trois années qui restent avant la présidentielle de 2029. Un Premier ministre technocrate loyal, sans ambition personnelle, permettrait une reprise en main totale de l’exécutif par le palais. Un Premier ministre politique choisi dans les rangs de Pastef maintiendrait un lien avec le parti mais créerait inévitablement une nouvelle hiérarchie au sein du mouvement. Un Premier ministre surprise, issu de la société civile ou d’un horizon inattendu, enverrait le signal d’une rupture totale avec la logique partisane.
Le Sénégal attend. Le continent regarde.
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