Par Bakary Cisse | Lementor.net
Depuis sa prise de service à la tête de l’Ambassade de Côte d’Ivoire en République de Guinée, Son Excellence Issifou Coulibaly a imprimé à sa mission une marque particulière : celle d’une diplomatie économique assumée, proactive et mesurable à ses résultats concrets. Dans un pays voisin avec lequel la Côte d’Ivoire entretient des liens humains, culturels et commerciaux d’une profondeur séculaire, cette approche n’est pas un choix arbitraire. Elle est la réponse logique à une géographie qui lie les deux nations et à une économie ivoirienne en expansion qui a besoin de débouchés régionaux pour ses entreprises et ses opérateurs.
Le lundi 8 juin 2026, l’ambassadeur Coulibaly a accordé deux audiences distinctes à Conakry qui résument parfaitement cette vision. La première a réuni le représentant résident de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest en Guinée. Les échanges ont porté sur les enjeux d’intégration régionale et les voies de renforcement de la coopération sous-régionale dans un contexte où l’espace CEDEAO traverse une période de mutations institutionnelles majeures. Que la Côte d’Ivoire, pilier de la CEDEAO, maintienne un dialogue actif avec la représentation de l’organisation dans un pays gouverné par une junte dit quelque chose sur la stratégie ivoirienne : maintenir des canaux de communication ouverts dans tous les espaces, y compris ceux où les désaccords politiques sont réels, parce que l’intégration régionale ne peut pas attendre que tous les régimes soient parfaitement alignés sur les mêmes valeurs institutionnelles.
La seconde audience du 8 juin a réuni une délégation du Groupement Ivoirien du Bâtiment et des Travaux Publics. Cette rencontre n’était pas protocolaire. Elle était préparatoire. Elle a permis d’identifier en amont les opportunités de partenariat, les secteurs porteurs et les obstacles à lever pour que les entreprises ivoiriennes du BTP puissent effectivement prendre pied sur le marché guinéen dans des conditions optimales. Deux jours plus tard, le mercredi 10 juin, le Forum Économique Sectoriel BTP Côte d’Ivoire–Guinée se tenait à l’hôtel Noom de Conakry avec la participation de plus d’une quarantaine d’entreprises ivoiriennes. La connexion entre les deux séquences n’est pas fortuite. Elle est le fruit d’une préparation délibérée, d’une diplomatie qui anticipe, structure et accompagne plutôt que de se contenter d’assister.
Ce qui distingue la démarche de l’ambassadeur Coulibaly, c’est la continuité du calendrier d’audiences qu’il maintient depuis son installation. Les ambassadeurs qui réussissent leur mission économique ne sont pas ceux qui attendent que les opérateurs viennent frapper à leur porte. Ce sont ceux qui vont à leur rencontre, qui comprennent leurs besoins, qui connaissent le tissu économique et institutionnel du pays d’accueil, et qui savent créer les conditions dans lesquelles une rencontre devient un partenariat. Ce travail de terrain, discret dans sa méthode mais visible dans ses résultats, est précisément ce que l’ambassade de Côte d’Ivoire à Conakry est en train de faire.
Pour la communauté ivoirienne en Guinée, cette présence diplomatique active a une valeur qui dépasse le seul cadre économique. Les Ivoiriens établis en Guinée, commerçants, entrepreneurs, travailleurs, ont besoin de savoir que leur représentation diplomatique est non seulement présente mais véritablement engagée dans la défense de leurs intérêts et dans l’ouverture de nouvelles opportunités. Une ambassade qui accompagne activement le déploiement des entreprises ivoiriennes en Guinée crée un écosystème dans lequel les ressortissants ivoiriens peuvent s’insérer et prospérer plus facilement.
La relation entre la Côte d’Ivoire et la Guinée est l’une des plus importantes de la sous-région ouest-africaine, trop souvent regardée sous le seul prisme des désaccords politiques liés à la gouvernance guinéenne. Le forum du 10 juin et les audiences du 8 juin rappellent que cette relation a une profondeur économique, humaine et institutionnelle que les turbulences politiques ne peuvent pas effacer. Et que la diplomatie économique, quand elle est bien conduite, est l’un des meilleurs outils dont dispose un État pour maintenir des ponts là où les ponts politiques sont fragilisés.
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