Par La Rédaction | Lementor.net
Les chiffres ne mentent pas. Et ceux de la campagne de qualification de la Côte d’Ivoire pour la Coupe du monde 2026 racontent une histoire qui dépasse largement le simple récit sportif. Vingt-six points sur trente possibles. Une différence de buts de plus vingt-cinq, la meilleure de tous les groupes africains de qualification. Première place du groupe F. Zéro défaite sur l’ensemble de la campagne. Ces statistiques ne sont pas le fruit d’un tirage au sort favorable ou d’une série de coïncidences heureuses. Elles sont la traduction mathématique d’un projet de jeu cohérent, patiemment construit par Emerse Faé depuis qu’il a pris les rênes de la sélection.
Pour comprendre ce que représente cette qualification, il faut d’abord rappeler d’où venait la sélection ivoirienne. Après la Coupe du monde 2014 au Brésil, troisième participation consécutive des Éléphants et troisième élimination au premier tour, le football ivoirien avait entamé une période de transition difficile. La génération dorée des Drogba, Yaya Touré, Kolo Touré et Eboué avait laissé place à une génération de joueurs talentueux mais moins expérimentés, qui avaient certes remporté la CAN 2015 mais peint un tableau plus inconstant sur la scène mondiale. La qualification pour le Mondial 2018 en Russie avait échoué. Celle pour Qatar 2022 aussi. Douze ans d’absence de Coupe du monde. Une éternité pour un pays qui avait fait du football l’un de ses premiers étendards d’identité nationale.
Le retour aux qualifications africaines pour le Mondial 2026 a coïncidé avec la nomination d’Emerse Faé. L’ancien milieu de terrain, révélé au grand public ivoirien dans l’équipe qui avait dominé le football africain entre 2006 et 2012, a apporté avec lui une connaissance de l’intérieur de ce qu’il faut pour réussir en sélection et une vision claire de ce que la Côte d’Ivoire doit être : une équipe d’abord, pas une collection de joueurs. La distinction semble évidente. Elle ne l’est pas. L’histoire des Éléphants est jalonnée d’équipes qui avaient les joueurs pour réussir et le collectif insuffisant pour transformer ce talent en résultats.
Dans le groupe F des qualifications, la Côte d’Ivoire a su gérer ses adversaires avec une régularité remarquable. Le Gabon, qui a terminé deuxième avec vingt-cinq points, un point seulement derrière les Éléphants, a été le principal concurrent. Ce duel à distance au sommet du groupe a tiré les deux équipes vers le haut et a permis à la Côte d’Ivoire d’acquérir une culture du résultat sous pression qui lui faisait parfois défaut. La victoire finale, acquise lors de la dernière journée avec un score de trois buts à zéro face au Kenya à Nairobi, a été la confirmation d’une équipe capable de finir fort quand les enjeux sont maximaux.
La différence de buts de plus vingt-cinq mérite une attention particulière parce qu’elle dit quelque chose sur la façon dont les Éléphants ont joué cette campagne. Ce n’est pas une équipe qui a géré ses matches, qui a attendu les adversaires et limité les dégâts. C’est une équipe qui a attaqué, qui a cherché les buts supplémentaires même quand le résultat était acquis, qui a voulu construire une culture de l’efficacité offensive. Ce détail n’est pas anodin dans la préparation d’une Coupe du monde où la différence de buts peut faire la différence entre la qualification et l’élimination en phase de groupes.
Le contexte africain renforce encore la valeur de cette qualification. Sur les dix équipes africaines présentes au Mondial 2026, quatre ont dû passer par les barrages : le Nigeria, le Cameroun, le Gabon et la RD Congo. Parmi les neuf directement qualifiés figurent le Maroc, l’Égypte, la Tunisie, l’Algérie et le Sénégal, auxquels s’ajoutent des équipes plus modestes comme le Cap-Vert et l’Afrique du Sud. La Côte d’Ivoire s’est qualifiée avec la meilleure différence de buts de toutes les équipes africaines. Ce statut de meilleure attaque africaine des qualifications n’est pas un détail. Il dit que les Éléphants arrivent au Mondial non pas comme des invités polis mais comme une équipe qui pense avoir les moyens de faire mieux que simplement participer.
Le groupe E qui les attend aux États-Unis est à la mesure de cette ambition. L’Équateur le 14 juin à Philadelphie, l’Allemagne le 20 juin à Toronto, Curaçao le 25 juin à Philadelphie. Deux adversaires sérieux et un troisième qui ne devrait pas résister. La qualification pour les huitièmes de finale est à portée d’une équipe qui a gagné tous ses matches de préparation, battu la France deux buts à un à Nantes et qui arrive aux États-Unis avec le vent en poupe et une confiance collective qui se mesure dans chaque geste, chaque déplacement, chaque duell. Les chiffres de la qualification ont dit que cette équipe était prête. Il reste maintenant à prouver que cette préparation parfaite se transforme en performance là où cela compte vraiment : sur les terrains américains, devant des millions de téléspectateurs ivoiriens qui attendent depuis douze ans que leurs Éléphants leur offrent enfin ce qu’ils méritent.
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