Par la rédaction | Lementor.net
Le 23 mai 2026 à Abidjan, lors de la 31ème réunion du Comité ministériel du Groupe intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest, une information est passée presque inaperçue dans le brouhaha de l’actualité politique régionale. Le Nigeria, le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal ont été officiellement retirés de la liste grise du Groupe d’Action Financière internationale, le GAFI. La même réunion a acté l’adhésion du Burkina Faso, du Mali et du Niger comme membres à part entière du GIABA.
Pour comprendre ce que représente cette sortie de liste grise, il faut d’abord comprendre ce qu’être sur cette liste signifie concrètement. Le GAFI, créé en 1989 à l’initiative du G7, est l’organisme international de référence en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Sa liste grise, officiellement appelée liste des juridictions sous surveillance renforcée, recense les pays qui présentent des déficiences dans leurs dispositifs de contrôle mais qui se sont engagés à les corriger en collaboration avec le GAFI. Figurer sur cette liste n’est pas une sanction. C’est un signal d’alerte qui affecte la perception de risque des banques correspondantes étrangères, augmente les coûts des transactions internationales, complique les relations avec les institutions financières internationales et peut décourager les investissements directs étrangers.
Pour le Sénégal, être sorti de cette liste est une bonne nouvelle économique nette. Elle intervient au moment précis où le gouvernement Al Aminou Lo, technocrate de la BCEAO, cherche à rassurer les marchés financiers et les partenaires internationaux sur la solidité du cadre macroéconomique sénégalais. Dans un pays qui négocie un nouveau programme avec le FMI et qui a besoin d’accéder aux marchés obligataires internationaux à des conditions raisonnables, la sortie de la liste grise du GAFI réduit une prime de risque qui pénalisait les emprunteurs et les investisseurs sénégalais.
Pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, la situation est paradoxale et mérite qu’on s’y attarde. Ces trois pays sont gouvernés par des juntes militaires qui ont expulsé les forces internationales de maintien de la paix, rompu leurs accords de défense avec la France et les pays occidentaux, et se sont rapprochés de la Russie. Ils sont sous sanctions partielles de la CEDEAO. Leurs relations avec les institutions financières internationales sont tendues. Et pourtant, ils viennent de sortir de la liste grise du GAFI pour leurs progrès dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Ce paradoxe apparent s’explique par la nature très technique et très sectorielle du GAFI. L’organisation évalue des dispositifs légaux et réglementaires précis : existence d’une cellule de renseignement financier, adoption de lois de conformité bancaire, mise en place de mécanismes de déclaration des transactions suspectes, formation des acteurs du secteur financier. Ces réformes techniques peuvent être menées par n’importe quel régime, démocratique ou militaire, dès lors qu’il en fait la priorité. Et les juntes sahéliennes, qui ont besoin de maintenir leurs systèmes bancaires fonctionnels pour financer leurs opérations militaires et leurs administrations, ont toutes les raisons de coopérer sur ces sujets précis même quand elles refusent toute coopération sur les sujets politiques.
Ce que cette sortie de liste grise ne dit pas, c’est si les économies de ces pays sont réellement plus saines, si les flux d’argent illicites ont réellement diminué, si le financement du terrorisme a été effectivement endigué dans des pays où les groupes jihadistes contrôlent des portions entières du territoire et prélèvent des taxes sur les populations et les commerçants. Les indicateurs du GAFI mesurent la conformité réglementaire, pas la réalité économique sur le terrain. C’est utile. Ce n’est pas suffisant pour conclure que la gouvernance financière de ces pays s’est améliorée dans ses dimensions les plus fondamentales.
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