Par La rédaction | Lementor.net
Le gouvernement ivoirien vient d’accorder une autorisation à la société Starlink Network CIV pour la fourniture de services d’accès à internet par satellite sur le territoire national. Cette décision, discrète dans sa forme, est potentiellement révolutionnaire dans ses conséquences pour la connectivité des zones rurales et semi-urbaines d’un pays dont l’économie numérique est en pleine expansion.
Starlink est le service internet par satellite développé par SpaceX, la société d’Elon Musk. Contrairement aux services internet traditionnels qui reposent sur des câbles sous-marins, des fibres optiques terrestres et des antennes de télécommunications, Starlink utilise une constellation de plusieurs milliers de satellites en orbite basse pour fournir un accès internet haut débit pratiquement n’importe où sur la surface du globe, y compris dans les zones les plus reculées qui n’ont jamais pu être desservies par les opérateurs terrestres. La latence de la connexion est comparable à celle d’une fibre optique terrestre, ce qui distingue Starlink des anciens services internet par satellite dont les délais de transmission rendaient impossible toute utilisation intensive.
Pour la Côte d’Ivoire, l’arrivée de Starlink répond à un défi structurel que tous les opérateurs de télécommunications ont jusqu’ici rencontré sans pouvoir le résoudre : la fracture numérique entre Abidjan et les régions. La capitale économique, Yamoussoukro, Bouaké, San Pedro et les grandes villes disposent d’une infrastructure de connectivité relativement développée, avec la fibre optique, la 4G et bientôt la 5G dans les zones urbaines denses. Mais dans les régions du nord, de l’ouest et du centre-nord, dans les villages et les zones rurales qui abritent une part significative de la population ivoirienne, la connexion internet reste soit inexistante soit d’une qualité tellement médiocre qu’elle est inutilisable pour des usages productifs.
Cette fracture numérique a des conséquences économiques et sociales directes. Un agriculteur dans le Bafing qui ne peut pas accéder aux cours des matières premières en temps réel est un agriculteur qui sera systématiquement exploité par les intermédiaires. Un établissement scolaire dans la région du Tonkpi qui ne peut pas accéder aux ressources pédagogiques en ligne est un établissement condamné à des méthodes d’enseignement qui ne préparent pas les élèves aux réalités du monde numérique. Un entrepreneur dans la région du Hambol qui ne peut pas utiliser les services bancaires mobiles ou les plateformes de commerce électronique est un entrepreneur exclu de l’économie formelle dont la croissance se déroule de plus en plus en ligne.
Starlink peut résoudre ce problème en quelques mois là où les opérateurs terrestres auraient besoin de plusieurs années et de milliards d’investissements en infrastructures. L’installation d’un terminal Starlink ne nécessite qu’une antenne parabolique de la taille d’une assiette, un routeur et une alimentation électrique. Le coût de l’équipement et de l’abonnement reste élevé pour les ménages ruraux les plus modestes, ce qui signifie que l’accès à ce service nécessitera probablement des mécanismes de subvention ou de mutualisation pour que ses bénéfices se diffusent au-delà des entreprises et des ménages à revenus moyens. Mais la technologie est là, l’autorisation est accordée, et les premières activations pourraient intervenir dans les prochains mois.
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